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Après la suppression de la taxe carbone, l’environnement contre la «
compétitivité » ?
La suppression
de la taxe carbone a donné lieu à une levée (pour l’heure, préventive) de
boucliers de ceux qui s’en pensaient exonérés et qui sentent aujourd’hui,
dans les attendus du Conseil constitutionnel, que le vent tourne en leur
défaveur. Il n’a pas fallu attendre longtemps pour que les intérêts
s’érigent contre toute forme de prélèvement supplémentaire : sur la base
d’arguments bien connus, à savoir leur compétitivité bridée par les charges
fiscales et sociales (l’antienne est connue), ils annoncent d’ores et déjà
vouloir se battre contre tout projet d’élargir une future taxe carbone à
leurs
activités. Bref, défendre l’environnement soit, mais à condition que cela
reste à la charge des autres…
Il y a de quoi être pour le moins gêné par de tels arguments à l’heure où
chacun s’alarme (ou semble le faire) de l’état de l’environnement. Quelques
précisions s’imposent donc en réponse aux adversaires d’une « autre taxe
carbone », c’est-à-dire d’une taxe carbone socialement équitable et
écologiquement efficace, qu’il reste maintenant à construire. Tout d’abord,
il y a urgence : l’Union européenne, parfois
présentée comme pionnière et volontariste dans ses engagements, n’a pu
réduire ses émissions de gaz à effet de serre que de 5,4 % entre 1990 et
2006 alors qu’elle s’est engagée à les réduire de 8%. En
France, ces émissions ont augmenté de 1,9 % entre 1990 et 2007 alors que la
France s’était engagée à ramener ses émissions au niveau de 1990 d’ici 2012
et à les diviser par 4 d’ici 2050
.
Les adversaires d’une « autre taxe carbone » se sont fortement mobilisés,
ils ont avancé qu’il ne fallait pas étendre la taxe carbone aux secteurs
relevant du marché des quotas d’émissions de gaz à effet de serre au motif
que cela reviendrait à les faire payer deux fois. C’est oublier que ces
secteurs n’ont pas payé leurs quotas, ceux-ci étant délivrés gratuitement
jusqu’en 2013. Argument irrecevable donc.
Ils ont surtout négligé le bon sens : si une taxe est instaurée pour limiter
la pollution, alors elle doit évidemment viser les pollueurs. Manifestement,
la taxe carbone ne répondait pas à cette exigence de bon sens, sans laquelle
il est tout simplement impossible de parler de fiscalité « écologique ».
Cette taxation peut prendre plusieurs formes : elle passer par une autre
utilisation des marchés de quotas, par exemple en introduisant un « prix
plancher » et/ou par une taxe carbone. Mais pour l’heure, le marché des
quotas tel qu’il existe n’a pas fait ses preuves et la taxe carbone n’existe
pas. Tout reste à faire donc.
Les adversaires d’une « autre taxe carbone » ont enfin oublié de préciser
que le marché du carbone n’a jusqu’ici pas prouvé qu’il était un outil
efficace. Certains secteurs ne sont pas couverts comme les transports, le
logement ou l’agriculture. Or, comme le souligne un rapport de l’Assemblée
nationale consacré à la fiscalité écologique (rapport n° 1935 de la
Commission des finances de l’Assemblée
nationale), « ces secteurs représentent 60 % des émissions des gaz à effet
de serre dans l’Union européenne et 70 % en France ». Après une distribution
gratuite des quotas, par le jeu de la revente, le prix de la tonne
équivalent carbone a connu des variations mais est demeuré faible. Les
quotas alloués ont même dépassé les émissions réelles de 8%. L’allocation
gratuite des quotas a généré des profits
pour certaines sociétés (notamment celles qui avaient reçu des dotations
supérieures à leurs besoins). Malgré l’augmentation officiellement prévue du
prix des quotas, certains secteurs exposés à la concurrence internationale
continueront de bénéficier de quotas gratuits. Enfin, le risque de « bulle »
est réel (une entreprise pourrait acheter des quotas dont elle n’a pas
besoin pour les revendre au prix fort par la suite). Le dispositif est donc
largement perfectible et pour l’heure, ses effets ne peuvent être comparés à
ceux d’une écotaxe…
Au fond, la décision du conseil constitutionnel a un mérite : elle repose la
question d’une fiscalité véritablement écologique (qui reste à inventer) et
montre l’écart abyssal qui existe entre ceux qui, parfois plus ou moins
adroitement il est vrai, portent comme priorité la protection de
l’environnement et ceux qui acceptent de parler d’écologie à condition de ne
pas être concerné et de ne rien changer fondamentalement à un système qui
détruit peu à peu la planète. Simpliste ? Oui, sans doute, mais pas
complètement faux pour autant … Le débat est relancé.
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