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Fraude fiscale, fraude sociale : deux
poids, deux mesures ?
Des « peines plancher » sont instaurées dans la loi de financement de la
Sécurité sociale de 2009 en cas de fraude sociale. Or, la fraude fiscale ne
fait pas l’objet du même volontarisme. Pourquoi ?
Mardi 4 novembre 2008 à 16:43 -
Par Vincent Drezet secrétaire
national du SNUI
« Secrétaire national du Syndicat national unifié des impôts (SNUI) qui
regroupe 21 000 des 70 000 fonctionnaires du ministère des Finances, Vincent
Drezet connaît bien les arcanes de Bercy ainsi que tous les mécanismes de la
politique fiscale. A ce titre, il est l'auteur de nombreuses publications
aux titres volontairement accrocheurs tels que « Vivent les impôts ! », «
Quels impôts demain ? » ou encore « Pour un serpent fiscal européen ». Il
participe également à la rédaction des brochures du Snui qui abordent les
aspects les plus divers de notre droit fiscal et s'interrogent sur les
prélèvements libératoires ou la lutte contre la fraude fiscale. En tant que
secrétaire national du SNUI, il n'hésite pas à remettre en cause le
bien-fondé des décisions de Bercy et à ferrailler avec les plus hautes
instances pour défendre une certaine vision de la justice fiscale. »
Le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires (CPO) sorti en mars 2007
n’aura pas seulement apporté la démonstration que la fraude fiscale était
importante et qu’il fallait en conséquence renforcer les moyens de contrôle,
il aura également marqué un changement d’approche et de cap dans l’analyse
de la fraude. Depuis, on ne parle ainsi plus seulement de fraude fiscale
mais aussi de fraude sociale.
La fraude sociale consiste à échapper au versement des prélèvements sociaux
ou à bénéficier indûment de prestations sociales. Les deux formes de fraudes
(fiscale et sociale) se recoupent parfois. Ainsi, le travail non déclaré a
pour conséquences de moindres rentrées sociales (puisque la base déclarée
est inférieure à la base réelle) et fiscales (pour les mêmes raisons). Cette
approche « fiscale et sociale » est intéressante et dangereuse à la fois.
Certes, la fraude sociale existe et, comme la fraude fiscale, tend à se
développer et à se complexifier. Des réseaux interviennent, il est difficile
de les détecter et la solidarité nationale est effectivement l’objet de
fraudes qui ne relèvent pas toutes de l’erreur ou du système « D ». Personne
ne conteste cela. Mais, dans un contexte de repli de nombreux droits
sociaux, les déclarations volontaristes en matière de lutte contre la fraude
sociale laissent un goût amer à ceux qui voient la fraude fiscale prospérer.
Or, celle-ci s’avère plus coûteuse que la fraude sociale : le CPO, dont
l’approche de la fraude est plus restrictive que celle du Syndicat national
unifié des impôts (SNUI) (il n’intègre pas l’évasion fiscale
internationale), estime que sur les 30 à 40 milliards de fraude « globale »,
la fraude fiscale en constitue les deux tiers (elle est évaluée entre 42 et
51 milliards d’euros pour le SNUI et entre 36 et 46 milliards d’euros pour
la Commission européenne).
Pour le gouvernement, la fraude sociale doit « être combattue avec la plus
grande sévérité ». Des « peines plancher » sont instaurées dans la loi de
financement de la Sécurité sociale de 2009 en cas de fraude. Or, la fraude
fiscale ne fait pas l’objet du même volontarisme. Plusieurs raisons
expliquent ce décalage, sans toutefois le justifier. L’une d’elles, très
insidieuse, procède du « laissez faire, laissez passer » qui conduit à
alléger au maximum les « contraintes » administratives comme le contrôle
fiscal (mais également les réglementations de toutes sortes, fiscales et
sociales notamment), ceci sur fond de réduction de l’action publique.
Celle-ci se retrouve aujourd’hui essentiellement tournée vers une gestion
statistique du contrôle fiscal et manque de temps, de moyens et d’impulsion
pour détecter et combattre des formes de fraude nouvelles, rapides, diverses
et coûteuses.
Les déclarations récentes remarquées sur les paradis fiscaux, dont
l’ingénierie financière aura par ailleurs largement contribué à développer
les causes et les effets de la crise actuelle, montrent qu’une fenêtre est
ouverte. Peut-on espérer une amélioration de la lutte contre la fraude,
nationale et internationale ? Va-t-on lever l’opacité qui règne sur les
paradis fiscaux et judiciaires ? La cellule Eurofisc permettra-t-elle une
véritable amélioration dans les échanges d’informations et dans la
coopération ? L’administration fiscale sera-t-elle renforcée dans ses outils
et rénovée dans un mode de pilotage trop souvent inadapté ? Autant de
questions posées, autant de réponses déterminantes mais toujours en attente.
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