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Fiscalité. Un formulaire de
déclaration avec la case «salaires» déjà remplie est à l'étude.
Le
pari compliqué de l'impôt simplifié
Par Catherine MAUSSION
jeudi 04 novembre 2004
(Liberation - 06:00)
eureux habitants de l'Ille-et-Vilaine, «on va vous faciliter la
tâche», a prévenu hier Nicolas Sarkozy, le ministre des
Finances. Lorsqu'ils recevront, en février prochain, leur
formulaire de déclaration des revenus pour 2004, une petite
case, celle des traitements et salaires, sera déjà remplie. Un
coup d'oeil pour vérifier le montant préinscrit, fourni par les
employeurs et les organismes sociaux, on signe, on poste, et le
pensum est terminé. Si le test est positif, il sera étendu
ensuite à toute la France. Ainsi vantée par le ministre des
Finances, la mesure devrait simplifier la vie. Alors, pourquoi
n'y a-t-on pas pensé plus tôt ? A vrai dire, Dominique
Strauss-Kahn l'avait annoncé dès son arrivée à Bercy, en 1999.
Le projet, se souvient un fonctionnaire, avait provoqué un
miniséisme : ni le haut encadrement ni même le directeur général
des impôts de l'époque n'avaient été mis dans la confidence.
D'ailleurs, Laurent Fabius, successeur de Strauss-Kahn, s'était
empressé d'enterrer la réforme. D'où le scepticisme aujourd'hui
de certains agents. Au Snui (Syndicat national unifié des
impôts), on glose sur Sarkozy, ce ministre sur le départ qui va
laisser à son successeur une «petite bombe à retardement».
Fiabilité. Séduisant sur le papier, le préremplissage de la case
«revenus» est autrement complexe à maîtriser. D'abord parce que
l'énorme fichier des 34 millions de contribuables contient tout
plein de scories. La dernière campagne de déclaration d'impôts,
rappelle le syndicat, a révélé une fiabilité de seulement 90,9
%. Autrement dit, près d'un foyer fiscal sur dix n'est pas
correctement identifié. Erreur sur l'état civil, sur l'adresse
postale, problèmes d'homonymie, le zéro défaut n'est pas pour
demain. L'ambition de la direction des impôts est d'atteindre 93
% de fiabilité l'an prochain. Ajoutez à cela l'exercice à haut
risque du préremplissage, et l'«on devrait atteindre 25 % de
taux d'erreur», estime déjà, et un peu à la louche, le syndicat
des impôts.
Même scepticisme chez FO à propos d'une petite révolution qu'ils
ont apprise hier par voie de presse et au mépris de tous les
usages. Consciente de l'imperfection de ses fichiers,
l'administration s'est livrée cet automne à une opération de
vérification. 3,6 millions de foyers fiscaux (sur 34 millions)
ont été priés par voie de questionnaire de valider leurs
coordonnées et de communiquer en prime leur numéro de Sécurité
sociale. Tout cela sous le regard attentif de la Cnil
(Commission nationale de l'informatique et des libertés).
Coup de pouce. Toujours pour alléger la tâche des deux côtés,
Bercy veut aussi encourager le paiement par prélèvement
automatique. Pour convaincre les récalcitrants, il y aura dix
jours de décalage par rapport à l'échéance. Petit coup de pouce
aussi en faveur de la mensualisation avec un report du paiement
du 8 au 15 du mois. Doté du paiement automatique et de la
déclaration préremplie, le contribuable a «tous les avantages du
prélèvement à la source, sans les inconvénients», explique
Nicolas Sarkozy de façon un peu courte. Du côté des agents du
fisc, on fait de ces opérations dites de «simplification» une
tout autre lecture : justifier l'allègement annoncé des
effectifs...
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