uand ils
instruisent le procès de l'ISF, les élus de droite ne
font pas toujours dans la nuance : ils l'accusent à
demi-mot de frapper injustement ceux qui ont épargné une
vie entière pour acquérir un logement ou de prendre à la
gorge les chefs d'entreprise. La réalité est,
heureusement, moins tragique.
Immobilier. La hausse des prix
de l'immobilier a provoqué une forte augmentation du
nombre de contribuables assujettis à l'ISF. Au cours des
six dernières années, le nombre de ménages imposables
s'est accru de 98 000 (198 000 foyers en 1998, 296 000
en 2003). Pourtant, de nombreux propriétaires échappent
toujours aux services fiscaux. A Paris, on compte 85 000
logements de 5 pièces et plus. La valeur de ces grands
appartements est susceptible de faire entrer leurs
propriétaires dans le giron de l'ISF. Surtout si le
ménage détient d'autres éléments patrimoniaux
(portefeuille d'actions, résidence secondaire, objets de
valeur). «Le repérage des patrimoines est très
difficile. C'est un travail de fourmi», explique
Vincent Drezet, secrétaire général du
Snui (Syndicat national unifié des
impôts). Pour contrer les resquilleurs, les
services fiscaux s'intéressent aux ménages déclarant les
revenus les plus importants. Les agents du fisc
s'investissent aussi sur les grosses successions.
Parfois, l'administration dispose d'éléments plus
tangibles: l'an dernier à Paris, 1 947 personnes ont
acheté des appartements de plus de 720 000 euros.
Délocalisations. Autre
argument des pourfendeurs de l'ISF : cet impôt
«inquisiteur» provoquerait des délocalisations
d'entreprises et, par conséquent, nuirait à l'emploi.
Cette accusation relève surtout du discours idéologique.
Tout simplement parce que les biens professionnels ne
sont pas imposables à l'ISF et que la conception même de
biens professionnels a été progressivement étendue.
Ainsi, celui qui, par exemple, préside le conseil de
surveillance d'une société et a pris soin de mettre dans
son portefeuille personnel des titres de ladite
entreprise ne sera pas imposé sur ces actions. L'an
dernier, le régime de l'ISF a été un peu plus adouci
pour les PME. Des mesures qui se sont traduites par 85
millions d'euros de cadeau fiscal.
Fiscalité. Quant aux gens
«qui vont s'établir en Belgique pour céder leur
entreprise, ils le font d'abord pour être exonérés sur
la cession de leur activité et accessoirement pour
éviter l'ISF», rappelle le
Snui. Ce déménagement n'aurait donc pas d'impact
sur les emplois, qui restent la plupart du temps en
France. Plus généralement, le Conseil des impôts est
catégorique. Dans son rapport rendu le mois dernier, il
pointe que «la fiscalité semble jouer un rôle réduit
dans la problématique d'ensemble de l'implantation des
entreprises», dont elle n'est qu'un
«paramètre de la localisation parmi d'autres». La
France apparaît même «comme l'un des pays attirant le
plus d'investissements».