Les fonctionnaires ont massivement répondu
à l'appel à la mobilisation lancé par les syndicats pour les
salaires et l'emploi, avec plus de 40 % de grévistes dans
l'éducation nationale et des cortèges forts de dizaines de
milliers de manifestants."Il
est démontré que l'on a franchi un cap dans la mobilisation
des salariés", a commenté le secrétaire général de la
CGT, Bernard Thibault, présent à la manifestation parisienne.
"Le gouvernement aurait tort
d'évacuer la réalité de cette mobilisation", alors que,
"plus largement, l'opinion publique" s'irrite du
"refus de tenir compte de la situation sociale".
Dans l'éducation nationale, plus de 40 %
des enseignants étaient en grève, dont 43,33 % dans le
primaire, 49,99 % dans les collèges, 43,72 % dans les lycées
et 40,32 % dans les lycées professionnels, selon des données
du ministère.
Ces chiffres traduisent une mobilisation
similaire à celle du printemps 2003, au plus fort du mouvement
social contre les restrictions budgétaires et la réforme des
retraites.
A la mi-journée, le taux de grévistes
dans la fonction publique de l'Etat, hors éducation, était de
20,25 %, selon le ministère de la fonction publique.
Le syndicat SNUI a fait état auprès de l'AFP de 45
% de grévistes au ministère des finances, dont 60 % aux
impôts.
DÉFENSE DU POUVOIR D'ACHAT
Les dizaines de cortèges ont
parallèlement drainé des foules importantes, à l'appel des
fédérations CGT, CFDT, FO, FSU, UNSA, CFTC des fonctionnaires
et de l'intersyndicale de l'éducation nationale.
A Paris, les dirigeants syndicaux ont
estimé à "plusieurs dizaines de milliers" le nombre
des participants à la manifestation, partie de la place de la
République à 14 h 30 en direction de Saint-Augustin.
A Marseille, deux cortèges distincts ont
regroupé entre 10 000 (police) et 30 000 (syndicats)
personnes, et à Rennes, 7 000 manifestants selon la police, et
10 000 selon la CGT, ont défilé dans les rues.
A Lyon, la police a comptabilisé 4 000
manifestants, les organisateurs 5 500, tandis qu'à
Clermont-Ferrand entre 5 000 et 8 000 personnes ont défilé.
Dans les autres villes, police et
syndicats ont respectivement recensé plusieurs milliers de
manifestations, comme à Caen (de 3 500 à 6 000), Lorient (2
500 à 6 000), Limoges (2 500 à 6 000), Nice (2 à 3 000)...
Dans les cortèges, les enseignants, en
grand nombre, côtoyaient employés communaux, postiers, agents
des impôts, des services pénitentiaires, policiers, agents de
l'équipement, ou encore pompiers.
La défense du pouvoir d'achat est
apparue comme la principale revendication des manifestants,
qui dénonçaient également, avec leurs banderoles et leurs
slogans, les réductions d'effectifs et les risques de
détérioration des missions de service public.
Dans l'éducation nationale, c'est aussi
la loi d'orientation sur l'école du ministre François Fillon
et la suppression de postes d'enseignants qui ont fait
descendre les personnels dans la rue.
"Oui au dialogue, oui à l'expression
sociale de la revendication, à ces messages qui viennent de la
manifestation et qui sont toujours à écouter", a commenté
le premier ministre, Jean-Pierre Raffarin, jeudi en fin de
matinée, dans son allocution lors de la remise des Trophées
EDC "Ethique et Gouvernance".
"Mais non au blocage, non au refus
de se parler. Le dialogue doit toujours rester ouvert et ceux
qui, à un moment ou à un autre, prennent la responsabilité de
la rupture du dialogue doivent s'attendre à trouver en face
d'eux naturellement la fermeté nécessaire", a prévenu le
premier ministre.