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Le fisc fait-il fuir les patrons
?
Pour Bercy, la réforme vise à éviter les délocalisations. Les
syndicats contestent.
par David REVAULT D'ALLONNES
QUOTIDIEN : mercredi 16 novembre 2005
La question est épineuse, et franchement passionnelle. L'impôt
sur la fortune (ISF) est-il une «machine à exiler» les chefs
d'entreprise, leurs capitaux et leurs emplois ? Est-il vraiment
cet impôt «suicidaire», coupable d'avoir «fait partir
des centaines de patrons et plus de 100 milliards d'euros de
capitaux à l'étranger», selon Charles Beigbeder, ex-candidat
à la présidence du Medef ? D'un côté, les pourfendeurs d'un
«dispositif français d'imposition amenant nombre de patrons à
délocaliser leur entreprise au moment où on a plus que jamais
besoin d'emplois», assure Roger Pellat-Finet, vice-président
de la CGPME. De l'autre, ses défenseurs, qui, à l'image de
Vincent Drezet, secrétaire général
du Syndicat national unifié des impôts (Snui),
dénoncent «une politique de remise en cause totale de la
fiscalité et des impôts directs au profit des ménages aisés et
des entreprises».
Retraite.
L'ISF n'est pas cruel pour les chefs d'entreprise, qui voient
leurs biens professionnels exonérés. Le problème se pose au
moment du départ du patron, quand son patrimoine professionnel
devient personnel. «Le jour où le patron est en âge de
prendre sa retraite, l'administration fiscale le matraque,
résume Roger Pellat-Finet. Certains hésitent donc à revendre
et restent coincés aux commandes.» D'où de nombreux départs
à l'étranger de patrons proches de la retraite, selon les
représentants patronaux. Et, à l'arrivée, des prises de contrôle
par des capitaux étrangers. En la matière, la discrétion est de
mise. Des cas emblématiques, comme Taittinger, sont mis en
avant. Mais d'autres exils sont souvent évoqués, comme ces
industriels du Nord-Pas-de-Calais ayant investi en Belgique, à
quelques kilomètres.
Jacques-Henri Bourdois, représentant de l'Association des
moyennes entreprises patrimoniales (Asmep), le martèle : «En
Grande-Bretagne et en Belgique, il n'y a pas d'ISF, et
l'Allemagne l'a supprimé en 1997. Pour éviter que les boîtes ne
filent en Belgique, il faut se mettre au niveau des meilleures
pratiques européennes.» En clair, supprimer l'ISF... L'Asmep
a fait circuler auprès des élus UMP une liste de plusieurs
dizaines d'entreprises cédées à des intérêts étrangers.
Sous-entendu : pour cause de fiscalité abusive. Mais, interrogé,
le délégué général de l'Asmep précise : «Ces entreprises sont
passées sous contrôle étranger pour diverses raisons, il est
difficile de préciser lesquelles ont été vendues à cause de l'ISF.»
Les chiffres de la Direction générale des impôts (DGI) prêtent
aussi à discussion. «L'ISF touche au premier chef les
détenteurs de patrimoine immobilier», rappelle
Vincent Drezet, du Snui.
82 % des contribuables ISF sont imposés au titre de la première
ou de la deuxième tranche, où la cotisation moyenne s'élève à 1
100 euros... Selon les chiffres de la DGI de 2004, quelque 350
personnes s'exilent chaque année depuis 1997 pour cause d'ISF.
Si 16 % d'entre elles filent en Suisse, il s'agit des plus
riches, avec, en moyenne, 9,3 millions d'euros de patrimoine. Le
profil du patron délocalisé se retrouve plutôt en Belgique : le
pays a attiré 18 % des exilés de l'ISF, avec un patrimoine moyen
de 3,6 millions d'euros. Soit une soixantaine de personnes. Au
total, avec 2,6 milliards d'euros, l'ISF représente moins de 1 %
des recettes fiscales (275 milliards). «L'impact
macroéconomique de l'ISF n'est donc pas catastrophique»,
ironise l'économiste Henri Sterdyniak,
spécialiste en fiscalité à
l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
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