Raffarin opte pour une baisse de 3 % de l'impôt sur le revenu l'an prochain
La Tribune - édition du 04/09/2003
Le Premier ministre a retenu le pourcentage suggéré par l'Elysée. La prime pour l'emploi est relevée de 500 millions d'euros.
 
Sous l'amicale pression de Jacques Chirac, Jean-Pierre Raffarin a tranché : après avoir été abaissées de 5 % en 2002, puis de 1 % cette année, les tranches du barème de l'impôt sur le revenu (IR) diminueront l'an prochain de 3 %, le niveau demandé par l'Elysée - alors que Bercy plaidait pour un recul de 1 % seulement.

Dans un entretien publié ce matin par notre confrère le Figaro, le Premier ministre annonce également que 500 millions d'euros supplémentaires seront consacrés l'an prochain à la prime pour l'emploi (PPE), un crédit d'impôt destiné aux salariés les plus modestes.

Supprimer la Pentecôte ? Il indique en outre que le gouvernement souhaite stabiliser le déficit de la Sécurité sociale sans augmenter la CSG, dont la hausse "n'est pas à l'ordre du jour" (dans un entretien accordé au Nouvel Observateur, également publié ce matin, le ministre des Affaires sociales François Fillon se dit pourtant prêt à discuter d'une telle hausse "sans tabou").

Afin de dégager des ressources pour les personnes dépendantes, Jean-Pierre Raffarin suggère de supprimer le lundi de Pentecôte comme jour férié. Ce choix, selon lui, "ne porterait atteinte à aucune conviction". "Nous percevons un redémarrage en septembre", assure de surcroît le Premier ministre, qui pronostique une croissance de 1,7 % l'an prochain.

Jean-Pierre Raffarin a rendu son arbitrage sur les baisses d'impôts pour 2004 après avoir reçu mardi Francis Mer, ministre de l'Economie, et Alain Lambert, ministre délégué au Budget. Pour l'Etat, cette baisse de l'IR correspond à une perte de recettes de l'ordre de 1,8 milliard d'euros.

Le gouvernement souhaite donc non seulement tenir les promesses électorales du président de la République, mais également donner un effet de relance à la consommation des ménages - qui ne s'est pas vu cette année, sachant qu'une moitié seulement des Français est redevable de l'IR.

"Bricolages." Selon le Syndicat national unifié des impôts (SNUI), les ristournes fiscales pourraient être en partie financées par la suppression de certaines exonérations particulières, autrement appelées "niches", sur lesquelles le Conseil des impôts publie un rapport ce matin. "A ce jeu, la politique fiscale risque de se résumer une nouvelle fois en une série de bricolages successifs qui nous éloignent d'une vraie réforme", juge le SNUI.

En annonçant un pourcentage bien avant que le projet de loi de finances ne soit présenté le 24 septembre au Conseil des ministres, Jean-Pierre Raffarin clôt le débat qui divisait la majorité depuis plusieurs semaines. Les élus de l'UDF, ainsi qu'une frange de l'UMP, se sont prononcés pour une baisse d'impôts la plus faible possible, au regard d'un déficit budgétaire record qui devrait atteindre 53 à 54 milliards d'euros cette année et l'an prochain.

Le parti unique de la majorité est en revanche unanime à saluer la hausse de la prime pour l'emploi, à laquelle 500 millions d'euros supplémentaires seront consacrés, dont bénéficieront les Français percevant des bas salaires. L'an dernier, le coup de pouce avait atteint 280 millions d'euros, dont 100 millions pour la seule indexation du barème sur les prix.

Quelque 8,5 millions de foyers sont concernés, dont deux sur trois touchent cette prime - maximale au niveau du Smic - sous forme d'un chèque du Trésor, les autres la déduisant de leur imposition. En prenant cette mesure, le gouvernement cherche à atténuer les critiques de la gauche, qui l'accuse de mener une politique fiscale uniquement favorable aux ménages aisés.

S'agissant des dépenses, la piste d'une revalorisation des traitements des agents de l'Etat, indiquée par La Tribune d'hier, semble se confirmer. Le projet de loi de finances pour 2004 ne prévoit pour l'heure aucune dotation en la matière. Mais le gouvernement souhaiterait avancer sur ce point, sachant que Jean-Paul Delevoye, ministre de la Fonction publique, doit recevoir les syndicats de fonctionnaires les 15 et 16 septembre.

Jean-Pierre Raffarin précise enfin au Figaro qu'"il n'y a pas aujourd'hui de nécessité de remanier le gouvernement".

Nicolas Prissette