
Le fisc utilise Internet pour séduire
Le processus de simplification administrative
commence à produire ses premiers effets. L’administration
électronique se met en place à Bercy. Les syndicats des impôts
s’inquiètent
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«Bercy en mouvement», sous Francis Mer. «Bercy ensemble»,
depuis l’arrivée en mars de son successeur, Nicolas Sarkozy. Le
ton change, pas l’esprit de la réforme. Le processus de
simplification administrative lancé en 2002 au sein du ministère
de l’économie commence à produire ses premiers effets. Notamment
au sein des organismes de gestion de l’impôt, considérés comme
une priorité par le nouveau ministre de l’économie et des
finances. Début août, lors d’une visite à la trésorerie générale
d’Arcachon (Gironde), le locataire de Bercy promettait une
nouvelle série de mesures à la rentrée pour améliorer le lien
entre l’administration fiscale et les contribuables.
Pour cajoler les quelque 33 millions de foyers imposables,
Nicolas Sarkozy envisage, à défaut d’offrir une nouvelle baisse
d’impôt sur le revenu, d’envoyer des lettres de remerciements
aux bons payeurs et de revoir les taux d’intérêt des pénalités,
«quand on reconnaît que l’on a fait un oubli ou que l’on
conteste». En matière de confort de l’usager, la direction
générale de l’impôt (DGI) et la direction générale de la
comptabilité publique (DGCP) ont d’ores et déjà pris une série
d’engagements conjoints depuis le 1er janvier dernier, dans le
cadre du programme «Pour vous faciliter l’impôt».
Parmi eux figure notamment la possibilité d’accéder à la
documentation fiscale sur Internet (www.impots.gouv.fr). En
quelques clics sur son ordinateur, chaque contribuable va, par
exemple, pouvoir, à partir de jeudi, consulter son dossier
fiscal. Il aura ainsi accès à ses avis et déclarations d’impôt
sur le revenu et de taxe d’habitation. Ce site regroupant une
palette de services a déjà attiré 16 millions d’internautes
depuis le début de l’année, contre 15 millions sur l’ensemble de
2003. Quant à la télédéclaration, elle a séduit plus d’1,25
million de contribuables en 2004, soit deux fois plus que
l’année précédente.
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Conséquences néfastes pour les
usagers selon les syndicats
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«Par rapport aux autres pays, nous sommes en avance dans
l’offre de services, mais en matière d’utilisation, nous sommes
encore en retard par rapport à la Scandinavie ou au Canada»,
explique Marc-Henri Desportes, directeur adjoint de Copernic, un
programme d’administration électronique lancé par Bercy en 2001.
Fini, donc, les papiers à noircir et les files d’attente devant
le centre des impôts pour déposer sa déclaration. Une prime de
10 € sera même octroyée en 2005 aux prochains télédéclarants.
«L’étape suivante sera la possibilité de consulter l’état de ses
paiements sur Internet», poursuit Marc-Henri Desportes.
Autant d’innovations que les puissants syndicats des impôts
voient d’un mauvais œil, en mettant en avant les conséquences
néfastes pour les usagers. « C’est un système à double
tranchant, souligne Joël Laus, responsable du guide pratique du
contribuable et secrétaire général au
Snui (Syndicat national unifié des impôts). Par
exemple, le fait de remplir sa déclaration de revenus sur
Internet veut dire qu’on va peu à peu perdre conscience de ce
que représente l’impôt. C’est pourtant un acte essentiel du
citoyen.»
Autre danger souligné par les syndicats, le risque d’atteinte à
la confidentialité des données. «On a beau s’être équipé d’une
technologie dernier cri, on n’est jamais à l’abri d’un pirate ou
d’un virus, poursuit Joël Laus. Pire, on peut tout à fait
imaginer qu’un jour la police puisse avoir accès au dossier
fiscal des gens qu’elle arrête.»
Sans aller jusque-là, l’informatisation du paiement des impôts
conduirait, selon, Jean-Pierre Thévenaux, un des responsables
FO-Finances, à «une déshumanisation des relations» entre les
contribuables et leur administration fiscale. «Votre seul
interlocuteur devient une machine ou un centre d’appel
téléphonique, alors que de nombreuses personnes ont encore du
mal à remplir leurs déclarations.»
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Le dossier est explosif
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Du côté des associations de consommateurs, le discours
est moins alarmiste. «L’administration électronique est une
bonne chose, surtout pour les personnes qui vivent en zone
rurale, estime Alain Bazot, président d’UFC-Que choisir. Cela
suppose néanmoins un égal accès à Internet de tous les usagers,
et notamment au haut débit, ce qui est loin d’être encore le
cas.»
Les syndicats redoutent surtout de faire les frais de cette
modernisation, en termes de réductions d’emplois. «La perception
des impôts est quatre fois plus chère que dans les autres pays
européens», avait lancé le président de la République, Jacques
Chirac, à la télévision en avril. Dès son arrivée, Nicolas
Sarkozy s’était d’ailleurs engagé à supprimer 5.000 postes d’ici
à 2007.
Cet objectif ne fait que confirmer ceux déjà pris par Francis
Mer, qui souhaitait améliorer de 1 % par an la productivité du
ministère, notamment à DGI et à la DGCP, respectivement chargées
du calcul et du recouvrement de l’impôt. Cette distinction est
une particularité française, source de surcoûts, même si des
efforts ont été accomplis ces dernières années.
Le dossier est explosif. Au printemps 2000, le ministre de
l’économie de l’époque, Christian Sautter, avait même été
contraint à la démission, pour avoir voulu rapprocher les deux
directions. Pour le prochain budget, en cours d’élaboration,
Bercy pourrait malgré tout être tenté une nouvelle fois de
montrer l’exemple aux autres ministères, en ne remplaçant pas 2
000 fonctionnaires partant à la retraite
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Florence PAGNEUX
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