PARIS (AP) -- Depuis 2002, les coups de butoir des libéraux
de la majorité ont conduit les gouvernements à accepter
plusieurs aménagements de l'ISF au nom de la lutte contre les
délocalisations et le chômage. Le budget 2006, dont les députés
entament l'examen mardi, ne fait pas exception puisque, outre le
"bouclier fiscal", un amendement UMP sur la détention d'actions
devrait être adopté.
Sous le gouvernement Raffarin, l'ISF a déjà fait l'objet de
retouches. En juillet 2003, le Parlement a ainsi adopté des
allégements ciblés dans le cadre de la loi Dutreil sur
l'initiative économique, au nom de l'attractivité du territoire.
Leur montant, selon le Syndicat national
unifié des impôts: 85 millions d'euros.
Le budget 2005 a ensuite décidé d'indexer chaque année le
barème de l'ISF sur l'inflation, comme pour les autres impôts.
Ce barème n'avait pas été révisé depuis 1997, ce qui happait
mécaniquement certains contribuables dans l'ISF, en raison
notamment de la flambée des prix de l'immobilier. Coût, selon le
SNUI: 32 millions.
Entre 1996 et 2003, le nombre de redevables de l'ISF a
progressé de 71% (de 173.630 à 296.800) et son produit de 55%.
Il devrait rapporter à l'Etat la bagatelle de 2,8 milliards
d'euros en 2005.
Alors ministre de l'Economie, Nicolas Sarkozy avait rejeté
deux amendements au budget 2005 relevant le seuil d'entrée dans
l'ISF à 800.000 euros (contre 732.000 actuellement) et portant
de 20 à 30% l'abattement d'ISF sur la valeur de la résidence
principale. Il s'était toutefois engagé à mettre à l'étude une
exonération des investissements dans les PME et un retour au
"plafonnement" des impôts (dont ISF) à 85% des revenus. Cette
dernière mesure avait été instituée en 1991 par le gouvernement
Rocard et supprimée par la droite en 1996.
Quant au gouvernement Villepin, il a certes répété que la
refonte de cet impôt hautement symbolique n'est pas sa
"priorité", il s'est ouvertement inquiété à plusieurs reprises
de ses effets pervers sur l'emploi. Le 11 juillet, face à une
nouvelle fronde de la majorité, Matignon a commandé à Bercy une
"évaluation" du système fiscal "au regard de la priorité de
l'emploi". Le 14 juillet, Jacques Chirac a évoqué le "problème"
posé par l'ISF en matière de délocalisations, tout en mettant un
veto absolu à sa suppression.
Selon un rapport publié en juin 2004 au Sénat, entre 350 et
370 contribuables quitteraient chaque année la France pour fuir
l'ISF, dont de nombreux chefs d'entreprise.
Le budget 2006 devrait donc comporter au moins deux mesures
d'aménagement non négligeables. Qualifié par l'opposition de
cadeau aux plus aisés, le "bouclier fiscal" permettra à compter
de 2007 de limiter les impôts directs (impôt sur le revenu,
impôts locaux et ISF) à 60% des revenus. Soit au-delà du
"plafonnement Rocard" à 85%. Coût: près de 400 millions d'euros.
Thierry Breton a aussi donné son accord à un amendement UMP
qui exonère 75% de la valeur des actions nominatives détenues
dans leur entreprise par les salariés et dirigeants, anciens et
actuels, à condition qu'elles soient conservées au moins cinq
ans. Un amendement "intelligent" qui règle certains "effets
pervers" et permet de créer "des noyaux stables" d'actionnaires,
selon le ministre de l'Economie.
Lors de la discussion budgétaire au Sénat, le groupe UMP
pourrait aussi proposer de réduire le délai de prescription pour
l'ISF de dix à six ans (en cas de fraude) ou trois ans (en cas
d'erreur), comme pour l'impôt sur le revenu.
Pas question, en revanche, de donner le sentiment de
favoriser les propriétaires. "C'est tout", a prévenu Thierry
Breton, qui s'opposera aux amendements proposant de ne plus
prendre en compte la résidence principale dans le calcul de l'ISF.
Un problème "en très grande partie" réglé selon lui par le
"bouclier fiscal". AP