Pour les économistes et
l'opposition, la réforme de l'ISF manque d'ambition
par Isabelle TOURNE
Le scénario retenu par le gouvernement pour sa réforme de la fiscalité du
patrimoine, qui consiste en un simple allègement de l'impôt de solidarité
sur la fortune (ISF), est un "moindre mal" pour les économistes, et fait
grincer des dents à gauche, où l'on parle de "bricolage".
Après avoir annoncé la suppression concomitante du bouclier fiscal, décrié
pour son injustice, et de l'ISF, le chef de l'Etat a finalement tranché pour
une réforme a minima. L'ISF sera aménagé, avec un seuil d'entrée relevé à
1,3 million d'euros de patrimoine et des taux d'imposition abaissés.
"La montagne a accouché d'une souris", résume Jean-Hervé Lorenzi, président
du Cercle des économistes. Pour lui, le scénario annoncé ne mérite même pas
le nom de "réforme fiscale": c'est un simple "aménagement, comme il peut y
en avoir souvent". "Ce que je trouve ridicule, c'est qu'on y ait passé
autant de temps", déplore l'économiste.
"C'est une bonne mesurette", reconnaît-il toutefois, estimant qu'il était
indispensable de baisser des taux d'imposition devenu bien trop élevés.
Même constat pour Michel Taly, avocat fiscaliste: "c'est toujours mieux
d'avoir un impôt avec des taux réduits, qui permet de se passer de bouclier
ou de plafonnement". "Le futur ISF sera amélioré mais il restera un impôt un
peu bizarre, avec le maintien de tout un tas d'exonérations", comme les
oeuvres d'art ou les biens professionnels, estime-t-il.
Pour Christian Saint-Etienne, professeur à Dauphine, le gouvernement a
choisi le "moindre mal", en écartant un second scénario, "d'une stupidité
sans nom", selon lui, qui consistait à remplacer l'ISF par un impôt sur
l'évolution de la valeur du patrimoine.
"C'est une étape significative qui conduit à un impôt un peu plus rationnel
qu'avant", estime-t-il.
Les économistes s'accordent à dire que le gouvernement n'avait de toute
façon pas d'autre choix qu'une réforme "light": pour satisfaire les
parlementaires de la majorité, opposés à une réforme plus fondamentale, et
par manque de temps, à un an de la prochaine présidentielle.
"On est frustrés, c'est dommage de
faire une réforme un peu précipitée, qui ne modifie pas l'assiette de
l'ISF", juge Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat national unifié
des impôts (Snui).
"C'est une réforme très politique qui vise à se débarrasser du bouclier
fiscal, devenu un boulet, et à compenser le manque à gagner global en
donnant l'impression qu'on ne va pas taxer les classes moyennes",
ajoute-t-il.
Alors qu'il avait dans un premier temps évoqué la taxation de
l'assurance-vie des plus riches pour financer cette réforme, le gouvernement
a finalement préféré taxer plus lourdement les successions et donations et
durcir la fiscalité pour les expatriés.
Dans l'arène politique, la réforme satisfait globalement les parlementaires
de la majorité. "On simplifie, on n'augmente pas les déficits, on ne fait
pas payer les classes moyennes, on va dans le sens de la justice fiscale et
on évite des prélèvements qui accélèrent les exils fiscaux", égrène le
député UMP Pierre Méhaignerie (centriste).
Dans l'opposition au contraire, les critiques vont bon train. Le président
PS de la Commission des finances de l'Assemblée, Jérôme Cahuzac, a qualifié
la réforme de "bricolage", tout en saluant l'abaissement des taux d'ISF et
la suppression du bouclier fiscal.
Le maire socialiste de Paris Bertrand Delanoë a critiqué une réforme visant
"à alléger fortement l'impôt des Français les plus riches".
Quant à Jean-Luc Mélenchon, coprésident du Parti de gauche, il a dénoncé "un
bricolage fiscal permanent qui fait de l'impôt quelque chose
d'incompréhensible et d'injuste".
