Les suicides en hausse
chez les fonctionnaires
CATHERINE GASTÉ ET VALÉRIE HACOT |
06.05.2011
SOUFFRANCE AU TRAVAIL.
Après la mort d’un inspecteur du travail mercredi, les
syndicats mettent en cause le rythme effréné des réformes et les
suppressions de postes dans la fonction publique.
La
tristesse et la colère. Au lendemain du suicide de l’inspecteur du travail
Luc Beal-Rainaldy (voir nos éditions d’hier), les agents du ministère du
Travail étaient sous le choc. Une déclaration « d’accident de service » a
été déposée. Cette formalité permettra à la famille — si elle le décide — de
tenter de faire reconnaître ce geste comme ayant un lien avec l’activité
professionnelle. «Une enquête de police a été lancée et un comité d’hygiène
et de sécurité sera convoqué », précise-t-on au ministère.
33 suicides parmi les policiers en 2009
Pas de quoi calmer les syndicats. Vent debout, ils soulignent que cette
affaire est loin d’être un cas isolé au sein de la fonction publique. De
plus en plus médiatisés dans les entreprises privées — en particulier depuis
France Télécom—les suicides au travail restent un sujet tabou au sein de
l’administration, où il est très difficile de faire reconnaître le caractère
professionnel d’un tel acte (voir encadré). Pourtant, depuis quelques
années, leur nombre ne cesse de progresser, de 5 % à 6 %, selon FO. « Le
rythme effréné des réformes, qui broient les services de l’État et leurs
agents et détruisent les valeurs du service public » est pointé par la FSU,
le syndicat auquel appartenait Luc Beal-Rainaldy. Dans les faits, selon la
CGT du ministère du Travail, 11 tentatives de suicide sont à déplorer depuis
2010 parmi les 11 000 agents du ministère.
Particulièrement exposés, les policiers sont ceux qui figurent en première
ligne : 33 suicides durant les dix premiers mois de 2009 et 49 en 2008.
Triste bilan également à Bercy, où 25agents (sur160 000) se sont donné la
mort en2009. «Les réorganisations
liées à la RGPP (NDLR : la révision générale des politiques publiques), les
suppressions de postes — depuis 2003 nous avons perdu 15 %de nos
effectifs—ainsi que la gestion par le chiffre fait exploser le mal-être des
fonctionnaires », constate Vincent Drezet, du Syndicat Union SNUI-SUD Trésor
Solidaires. Même constat au ministère de l’Écologie (anciennement
Équipement), en proie à des réorganisations— d’ici à 2013, 10 000 postes sur
un total de 67 000 doivent être supprimés ou redéployés — où 19 suicides ont
été répertoriés en 2010 « On a recensé 3 suicides depuis le début de l’année
», assure ce syndicaliste. Pôle emploi n’y échappe pas : 4 tentatives et 1
suicide en 2009 sur 45 000 agents. La prise de conscience est lente. Un
accord sur la santé au travail a bien été signé en 2009 dans toute la
fonction publique. L’État promet des « actions ciblées » prochainement.