Quelles réformes de la
fiscalité en 2011 ?
Vincent Drezet - Union SNUI-SUD
Trésor Solidaires - Chroniqueur associé | Dimanche 2 Janvier 2011 à
07:01 | Lu 5249 fois
2011 s’annonce incontestablement intéressante et vivante sur le plan fiscal.
Si la réforme de la fiscalité du patrimoine, annoncée pour le printemps
2011, sera probablement l’un des temps forts de cette année fiscale, il ne
faudrait cependant pas oublier d’autres enjeux au moins aussi importants qui
concernent directement les choix fiscaux, comme le vote du budget ou
l’évolution des finances publiques.
La fiscalité du patrimoine sera donc l’un des gros chantiers de l’année.
Quels qu’en soient les objectifs, cachés ou non (s’agit-il de couper l’herbe
sous le pied du débat fiscal le débat de 2012 ?), ce chantier touchera aux
enjeux budgétaires mais aussi, et surtout, à des questions de principes qui
fondent le système fiscal. L’équation budgétaire est connue : selon les
hypothèses avancées,
cette réforme peut être coûteuse ou neutre pour le budget de l’État. La
question n’est certes pas anodine, mais elle cache d’autres enjeux plus
fondamentaux. Avant tout, il s’agit en effet de savoir quelles doit être
l’orientation de la fiscalité du patrimoine. Or, en la matière, il n’y a pas
consensus et les questions sont nombreuses : le patrimoine fait-il partie
des « facultés » des contribuables au sens de l’article 13 de la Déclaration
des Droits de l’Homme et du Citoyen d’août 1789 ? Faut-il imposer tout le
patrimoine ou en exonérer, partiellement ou totalement, certaines
composantes (habitation principale, biens professionnels…) ? Faut-il imposer
seulement les revenus du patrimoine ou également le stock de patrimoine ?
Autant de questions de fond qui sont posées.
Certes, les mesures ne sont pas connues, mais l’orientation générale de la
réforme l’est : supprimer un symbole encombrant (le bouclier fiscal) et
alléger, plus ou moins, l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le débat
n’est cependant pas tranché : certains proposent une suppressions pure et
simple de l’ISF, d’autres se contenteraient d’un allègement (voire d’un
maintien) accompagné ou non de mesures complémentaires (relèvement de
l’impôt sur le revenu et/ou des droits de succession par exemple). Quels
sont les enjeux ? Si l’on considère ; que le patrimoine fait véritablement
partie des facultés contributives (à revenu égal, un individu disposant d’un
patrimoine réussira mieux et plus vite que celui qui n’en a aucun), que les
inégalités se sont développées à un point insupportable (et pour tout dire
anormal) et qu’une réforme doit être claire dans ses objectifs et lisible
dans ses modalités, alors on doit en conclure qu’il faut effectivement une
réforme de la fiscalité du patrimoine, mais que celle-ci doit conduire non
pas à supprimer la fiscalité sur le stock de patrimoine mais à instaurer un
impôt mieux compris et plus juste que l’ISF actuel. Ainsi, une structure
simple, autour d’une franchise en base complétée par un abattement en
montant (et pas en pourcentage) sur l’habitation principale et par un
abattement sur les biens professionnels (seulement sur les « véritables »
biens ; l’abattement ne doit pas s’appliquer aux montages financiers plus ou
moins artificiels comme cela est souvent le cas aujourd’hui) répondrait aux
objectifs énoncés ci-dessus. Il n’est pas sûr que cela soit l’orientation de
la réforme. Mais le débat est lancé…
Au-delà, s’annoncent également des chantiers « lourds » en matière de
finances publiques et de budget. Il en va ainsi de la proposition
d’instaurer une loi cadre pluriannuelle de programmation des finances
publiques et d’un abandon, discret mais réel s’il était mis en œuvre, de
souveraineté en matière d’élaboration du budget, voulu par l’Union
européenne (Commission européenne et Conseil).
Il s’agira ainsi de voir les suites données au rapport Camdessus de juin
2010 sur « la règle constitutionnelle d’équilibre des finances publiques ».
Ce rapport préconise un cadre de suivi précis des finances publiques :
monopole des dispositions fiscales dans les lois de finances (ce qui, pour
le coup, est souhaitable afin d’éviter la prolifération de mesures fiscales
dérogatoires votées tout au long de l’année en dehors des lois de finances),
instauration d’un loi-cadre pluriannuelle de programmation des finances
publiques, objectif de retour à l’équilibre budgétaire… Dans un tel cadre,
on peut se demander quelle serait ; la marge de manœuvre des élus du peuple
en matière budgétaire et l’utilité de la procédure actuelle. En effet, le
but affiché est d’en finir avec le déficit budgétaire à court terme, ce qui
suppose d’instaurer, de facto, une « rigueur pluriannuelle ».
Le propos n’est pas ici de dire que le déficit est une bonne chose en soi,
mais simplement de rappeler que le sujet est plus complexe qu’il n’y paraît.
Tout d’abord, les déficits publics actuels ne proviennent pas d’un dérapage
des dépenses publiques mais d’une combinaison de facteurs que le rapport
Camdessus ne traite malheureusement pas : hausse des dépenses de santé,
réduction des recettes due à la baisse de certains impôts ou à la crise
notamment… Ensuite, le jeu des stabilisateurs automatiques (en clair, le
maintien des dépenses publiques, notamment celles du plan de relance, sur
fond de baisse des recettes fiscales) permet d’amortir les chocs
économiques. En outre, un déficit provenant d’investissements publics n’est
pas une mauvaise chose. Enfin, dans une démocratie, la politique budgétaire
doit être le fruit de choix politiques et non d’une règle aveugle
économiquement et socialement risquée qui verrouille la politique
budgétaire.
Autre sujet lourd, la proposition de la Commission européenne et du Conseil
Ecofin de septembre 2010 d’instituer une procédure nommée « semestre
européen de coordination des politiques économiques » visant à soumettre au
Conseil européenne les lignes directrices des budgets nationaux. Cette
coordination ne prévoit malheureusement pas d’en finir avec la concurrence
fiscale en ouvrant le chantier de l’harmonisation fiscale alors que certains
chantiers sont techniquement très avancés comme l’harmonisation de l’impôt
sur les sociétés et de l’imposition des revenus de l’épargne notamment. Pour
le Conseil, il s’agit plutôt d’émettre des recommandations aux États dans
l’élaboration de leur programme de stabilité ou de convergence et pour leur
budget national de l’année à venir. Le Conseil européen d’octobre 2010 a
souhaité que la législation communautaire soit modifiée rapidement et que le
président du Conseil puisse engager des consultations sur une modification
limitée du traité de Lisbonne afin d’établir un mécanisme permanent, tout en
voulant éviter une ratification par chaque pays membre (sans doute trop
risquée…). L’impact de cette « nouveauté » est évident : comment les
parlementaires, élus par le peuple, pourront exercer leurs fonctions si les
principales orientations sont fixées par les instances européennes ? Comment
les choix démocratiques pourront s’opérer si tout est là aussi verrouillé ?
Les enjeux ne sont pas minces : ici encore, la crise risque de servir
d’alibi à l’instauration d’une rigueur permanente sur le dos du
fonctionnement « normal » de la démocratie représentative…
Bien entendu, il y aurait tant à rajouter à ce panorama. Mais il n’en
demeure pas moins que la rigueur, le patrimoine, le déficit et le budget
seront probablement les grands thèmes de cette année fiscale 2011. En
espérant toutefois que cela se fasse véritablement sur fond de débat public…
Voir le communiqué de
presse de l’Union SNUI – SUD Trésor Solidaires du 7 décembre 2010 :
http://snuisudtresor.fr/gen/cp/cp2010/CP_fiscalite_patrimoine_071210.pdf
