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Paradis fiscaux :
remontons sur le ring
Par les initiateurs de la campagne «Stop Paradis fiscaux» * * Olivier
Blamangin (CGT), Anousheh Karvar (CFDT), Gérard Gourguechon (Attac),
Vincent Drezet (Snui), Maylis
Labusquière (Oxfam France - Agir ici), Jean Merckaert (CCFD-Terre
solidaire).
Annonçant la fin des paradis fiscaux à la veille du G 20 de Pittsburgh, le
président de la République pensait-il avoir mis KO ces trous noirs de la
finance mondiale ? Depuis le 2 avril à Londres, le G 20 a certes semblé
emporter le premier round et la France a mouillé le maillot, mais les coups
infligés au secret bancaire suisse ou aux clients américains d’UBS sont loin
d’avoir mis les paradis fiscaux au tapis. Au contraire, le combat s’annonce
long, et âpre. Au-delà des affirmations de principe, le dispositif mis en
place à ce jour par le G 20 et l’OCDE est aisément contournable.
Pire, si la détermination affichée n’est pas maintenue dans les mois - et
les années - qui viennent, les avancées de 2009 n’auront servi à presque
rien, sinon à donner un blanc-seing aux utilisateurs des paradis fiscaux et
judiciaires.
Ainsi, selon les critères retenus par le G 20, un paradis fiscal n’a pour
rentrer dans le rang qu’à signer douze traités de coopération fiscale, alors
que la planète compte plus de 230 territoires susceptibles de signer de tels
accords. Ainsi en est-il de Monaco, à qui il a suffi de signer des traités
avec des pays tels qu’Andorre, les Bahamas, le Liechtenstein ou le
Luxembourg pour être «blanchi» ! Au rythme où vont ces petits arrangements
entre amis, la liste «grise» des paradis fiscaux sera quasiment vide en 2010
! Exit la transparence promise.
Premières victimes : les pays pauvres, qui n’ont pas les moyens de négocier
ces traités et dont les budgets publics sont pourtant grevés, chaque année,
à hauteur de 125 milliards d’euros du fait de l’évasion fiscale pratiquée
par les multinationales - soit cinq fois les montants jugés nécessaires par
la FAO pour éradiquer la faim dans le monde.
Lors du sommet franco-britannique d’Evian, en juillet, Nicolas Sarkozy et
Gordon Brown ont identifié ce danger. En se disant prêts à «mettre la barre
au-dessus de douze», ils reconnaissent qu’il faudra aller plus loin. En
réalité, la seule solution, et tout le monde le sait, est la mise en place
d’un dispositif multilatéral engageant les paradis fiscaux à donner les
mêmes garanties de transparence à tous les pays du monde. Les ministres des
Finances du G 20, réunis début novembre en Ecosse, doivent s’y engager. Si,
en France, la fraude fiscale représente trois fois le déficit de la Sécurité
sociale, pour les pays du Sud ce sont des sommes vitales qui font défaut,
pour le développement agricole comme pour les services de santé ou
d’éducation.
Autre clé du combat : il est vain d’imposer aux paradis fiscaux d’assouplir
leur secret bancaire sans examiner l’ensemble des services opaques qu’ils
offrent pour tricher avec le fisc et la justice, comme les sociétés écrans
et les trusts. A Berlin, en juin, dix-neuf Etats de l’OCDE - dont la France
- l’ont admis. A Christine Lagarde d’afficher cette même détermination lors
du prochain G 20 des finances.
Ne pas le faire reviendrait à épargner la partie immergée de l’iceberg.
Surtout, le G 20 peut raccrocher les gants s’il ne vise pas les
bénéficiaires des paradis fiscaux et judiciaires, c’est-à-dire non seulement
les riches individus abonnés à ces artifices exotiques pour échapper à
l’impôt, mais surtout les entreprises internationales - françaises comprises
- pour qui les taux zéro des paradis fiscaux sont devenus un élément
incontournable de la vie des affaires.
En exigeant des banques qu’elles se retirent des paradis fiscaux d’ici mars
2010, le gouvernement français est sur la bonne voie - sauf que la liste
grise des paradis fiscaux à laquelle il se réfère fond à vue d’œil. Pour que
tout le monde soit logé à la même enseigne - condition sine qua non pour
l’efficacité des mesures - il n’y a pas trente-six solutions : la plus
opérationnelle est d’exiger la transparence sur l’activité, les effectifs,
les bénéfices et les impôts versés par les filiales des entreprises
multinationales dans chaque pays où elles opèrent, par l’introduction dans
les normes comptables internationales d’une obligation de reporting, de
publication de comptes, pays par pays, autant d’informations dont disposent
les entreprises mais qui sont aujourd’hui des secrets bien gardés. Sur tous
ces points, la France peut faire la différence.
A condition de remonter sur le ring et de mener le combat jusqu’au bout. Les
citoyens, mobilisés en nombre dans la campagne «Stop paradis fiscaux !»,
l’attendent. Ils ne resteront pas inactifs si d’aventure les résultats du G
20 finance s’avèrent décevants. La défaite est interdite.
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