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Fiscalité
Les enjeux de la fraude fiscale et
sociale
Emilie lévêque - 05/05/2009
Les fraudes à l'impôt et aux cotisations sociales coûtent entre 30 et 50
milliards d'euros par an à l'État. 70% de ce manque à gagner sont dus à la
fraude fiscale. Le gouvernement préfère pointer du doigt la fraude sociale.
L'enjeu est peut-être moins financier que politique.
Alors qu'aux États-Unis Barack Obama présente une réforme destinée à
combattre l'évasion fiscale, en France, le gouvernement met l'accent de sa
lutte contre la fraude sociale, qui représente pourtant moins d'un tiers du
manque à gagner pour les finances publiques.
Le ministre du Budget Éric Woerth a réuni mardi 5 mai quelque 600
contrôleurs, dans le cadre d'une "journée spéciale de lutte contre la
fraude". La lutte contre la fraude fiscale, pourtant si bruyamment invoquée
par le président Nicolas Sarkozy à propos des paradis fiscaux lors du G20 de
Londres en avril, n'occupe qu'une petite place dans l'opération médiatique
organisée à Bercy - 25 minutes sur trois heures de conférence.
Pour le gouvernent français, l'enjeu de cette lutte est en effet peut-être
moins financier que politique. Explications.
Combien coûte la fraude fiscale et sociale ?
La fraude fiscale et celle qui touche les dispositifs sociaux ont un coût
pour les finances publiques estimé à 30 milliards d'euros, a indiqué mardi 5
mai au matin sur I-Télé le ministre du Budget. Le ministre du Travail, Brice
Hortefeux, a estimé le même jour sur LCI que la fraude aux cotisations
sociales représente un manque à gagner de 5 à 8 milliards d'euros.
La fraude, par définition non
révélée, est de fait difficile à mesurer. Ces chiffres avancés par le
gouvernement sont issus d'un rapport publié en 2007 par le Conseil des
prélèvements obligatoires qui estime le manque à gagner de la fraude fiscale
et sociale entre 29 et 40 milliards d'euros, précisant qu'il s'agit d'un
montant plancher qui n'intègre ni les irrégularités, ni l'évasion fiscale.
La Commission européenne évalue la fraude fiscale entre 2 et 2,5 % du
produit intérieur brut (soit 40 à 50 milliards d'euros sur la base d'un PIB
à 2.000 milliards d'euros en 2009). Le SNUI (Syndicat national unifié des
impôts) l'évalue pour sa part entre 42 et 51 milliards d'euros.
A titre de comparaison, l'impôt sur le revenu et l'impôt sur les sociétés
ont rapporté un peu plus de 100 milliards d'euros au budget de l'État en
2008. A l'heure où les déficits budgétaires et les dettes publiques
explosent, alourdis par la crise économique et les mesures des plans de
relance, le manque à gagner de cette fraude pour les finances publiques est
colossal.
60 à 70% de ce manque à gagner sont issus de la fraude fiscale -
soustraction au paiement partiel ou total de l'impôt via de fausses
déclarations ou via l'évasion fiscale. La fraude sociale, qui consiste à
échapper au versement des prélèvements sociaux ou à bénéficier indûment de
prestations sociales, a un coût moindre. Pourtant, c'est ce type de fraude
en particulier que le gouvernement a choisi de stigmatiser.
Stigmatiser le RMIste pour faire passer la pilule de la hausse des impôts
Interrogé sur des informations de presse faisant état de la dissimulation
présumée dans les paradis fiscaux de plusieurs centaines de millions par les
sociétés du CAC 40, Éric Woerth a répondu mardi sur I-Télé vouloir
travailler dans toutes les directions, sans se concentrer particulièrement
sur ces entreprises. "Le CAC 40 n'est pas nécessairement un endroit
fraudogène, je ne vais pas faire haro sur les patrons, ce qui m'intéresse,
c'est la fraude dans son ensemble", a-t-il déclaré, citant notamment la
fraude aux Urssaf (cotisations patronales et salariales), à l'assurance
maladie, aux caisses d'allocations familiales, ou encore "ceux qui touchent
un RMI sur la base de fausses déclarations".
"Si des mesures concernant la petite
fraude sociale ont déjà été prises, notamment sur le contrôle des arrêts
maladie, on est loin ici de l'ampleur de la fraude organisée grâce aux
paradis fiscaux, dénonce Vincent Drezet, secrétaire national du SNUI. En la
matière, nous manquons de moyens juridiques et humains. Depuis un an, nous
dénonçons ce discours du gouvernement qui pointe du doigt en matière de
fraude le RMIste plutôt que la fraude fiscale internationale."
"L'augmentation de la pression fiscale est une mesure impopulaire mais
inévitable en période d'explosion de la dette et des déficits publics,
explique Philippe Dessertine, professeur de finances à l'université Paris
X-Nanterre et directeur de l'IHFI. Sans aucun doute, l'augmentation va
concerner principalement les classes moyennes. Le discours visant à traquer
les fraudes des profiteurs pauvres, comme les RMIstes, vise à faire mieux
passer la pilule auprès des classes moyennes." |