Le personnage de François Pignon a montré
qu'il ne fallait pas jouer avec les agents du ministère des Finances. Car,
lorsqu'une procédure est lancée par les services des impôts, c'est tout
sauf un dîner de cons. «Pour les PME, cela dure entre 3 et 4 mois, et de 9
mois à 1 an pour les grosses entreprises. La procédure est plus lourde
pour les particuliers, de un an à deux ans», explique Vincent Drezet,
secrétaire national du syndicat national unifié des impôts (SNUI). Mais
qui peut subir un contrôle fiscal ?
Des contrôles à domicile
«Si
une personne avec un faible revenu se retrouve tout à coup en possession
d'une grosse somme d'argent sans avoir perçu d'héritage, cela éveillera
les soupçons», poursuit Vincent Drezet. Deux grands services peuvent
ensuite demander la programmation des contrôles. Et lorsque la machine est
lancée, toutes les vérifications sont permises : factures, comptes
bancaires, etc. «Cette programmation débouche sur un contrôle qui, le plus
souvent, donne lieu à un redressement», souligne un rapport du SNUI.
Deux types de contrôles fiscaux sont alors
possibles : «sur place», où les agents vérifient les comptes de
l'entreprise ou des particuliers, et les contrôles «sur pièce», le dossier
du contribuable est étudié depuis le bureau des employés des impôts. En
2007, 47 581 contrôles «sur place» ont eu lieu dans les entreprises et 4
578 chez des particuliers.
Le droit du contribuable en progression
Quand les contribuables se retournent contre
l'Etat, dans 80% des cas ce dernier remporte la partie, selon un rapport
de la Cour des comptes datant de l'été dernier. Pourtant, l'image d'une
administration mettant à terre les citoyens n'est pas entièrement
justifiée.
En 2005, Jean-François Copé, alors ministre
délégué au Budget, présentait la charte du contribuable laquelle lui
récapitule ses droits et devoirs. Ses devoirs sont connus, ses droits
moins. Ainsi, en cas d'irrégularité, il a la possibilité de prouver sa
bonne foi. «Lorsque l'administration estime qu'une déclaration est
incomplète ou inexacte c'est à elle qu'il appartient de le démontrer»,
peut-on lire sur ce document. De même, si les contribuables ont signalé
les motifs pour lesquels certains éléments ne sont pas déclarés, aucun
retard de pénalité ne leur est réclamé.
La loi de Finances de 2004 a également créé le
conciliateur fiscal. En cas de litige, il cherche à régler à l'amiable le
différend. Quant à l'administration, si un citoyen lui adresse un courrier
auquel elle ne répond pas dans les 60 jours, on considère qu'elle a
abandonné les poursuites.
Peu de corbeaux pris au sérieux
Ceux qui ont des doutes sur l'intégrité de
leur voisinage peuvent se rassurer, 1% des dénonciations aboutissent à des
contrôles fiscaux. Les impôts auraient-ils tordu le cou aux corbeaux ?
C'est en tout cas, la politique affichée depuis qu'en 2004, Nicolas
Sarkozy, alors ministre des Finances, a interdit formellement la
rémunération de ces sources. Seules les accusations sérieuses sont
étudiées. Généralement, cela arrive en cas de «conflit d'intérêt, comme un
comptable licencié sans ménagement, voire pour raison sentimentale.
Lorsqu'il existe des pièces justificatives on y prête attention», indique
Vincent Drezet.
Retraités et salariés sont les plus contrôlés
Plutôt que le voisinage, c'est votre situation
personnelle qui éveille les doutes. «Le salaire moyen en France s'élève à
1 500 euros, c'est aussi la tranche de salaire de la population qui est la
plus contrôlée», poursuit le secrétaire national du SNUI. Salariés,
retraités et Smicards ont en effet plus de chance de présenter des cas
d'irrégularités visibles pour les agents du fisc, alors qu'ils reçoivent
la rémunération d'un tiers. Pourtant, au final, «ce ne sont pas ceux qui
fraudent le plus», déplore le SNUI. «Manque de moyen humain, ou manque de
volonté politique ?», s'interroge le syndicat.