Les rangs du PS à l'Assemblée nationale ont
réservé, mercredi, une «standing ovation» à… la députée UMP Chantal
Brunel. À mesure que la nouvelle porte-parole de l'UMP dénonçait certaines
«dérives fiscales», les applaudissements se sont faits plus insistants. La
gauche s'est levée lorsque Chantal Brunel a demandé à la ministre de
l'Économie, Christine Lagarde : «pouvez-vous nous dire ce que compte faire
le gouvernement ?» Visiblement agacée, la ministre a pris à parti les
députés de gauche. «Il y a aujourd'hui plus de 359 niches fiscales, vous
auriez pu de longue date en supprimer de nombreuses et ne pas en
instituer. Tout le monde a voté des niches fiscales !» Pour finalement
concéder qu'il «n'est pas juste qu'un certain nombre de contribuables
profitent de niches fiscales pour s'exonérer de l'impôt.» Le projet de loi
pour l'année 2006 recensait ces quelque 400 dispositifs. Certains sont
célèbres, d'autres beaucoup moins. Ainsi, «l'abattement spécial sur les
plus-values réalisées lors de la cession d'un cheval de course ou de
sport», ou encore «l'exonération des prix littéraires, artistiques et
scientifiques.» Quelques-uns concernent le cinéma ou encore la pêche.
Autant de secteurs économiques financés par la fiscalité.
«Examiner niche après niche»
La ministre de l'Économie a ainsi promis
d'«examiner niche après niche quels sont les objectifs poursuivis et où
est la justice fiscale pour qu'il n'y ait pas d'abus.» En effet, en 2006
quelque 3 500 foyers fiscaux gagnant plus de 76 000 euros par an n'ont pas
payé d'impôts sur le revenu. «Un couple avec deux enfants qui emploie à
l'année un salarié à domicile n'a plus à s'acquitter de l'impôt sur le
revenu», explique Olivier Charpentier-Stoloff, avocat fiscaliste au
cabinet Altexis. Dans ce cas, un seul dispositif suffit à exonérer
totalement certains foyers de cet impôt.
Toutes cumulées, les niches fiscales ont
représenté un manque à gagner de plus de 50 milliards d'euros pour l'État
en 2005, d'après le Syndicat national unifié des impôts (SNUI). Des cas
qui, rappelle le SNUI, posent problème alors que la République a comme
principe que «chacun contribue aux dépenses collectives en fonction de ses
capacités.» Dans une quinzaine de jours, un rapport préparé par
l'Inspection générale des finances sera donc remis au Parlement «qui
procédera à cet examen, pour que nous acceptions l'opportunité de
supprimer ou de plafonner» les niches fiscales, a poursuivi Christine
Lagarde.
Réexamen des dispositifs fiscaux
Ces questions avaient déjà été examinées «dans
le cadre du projet de loi de finances pour 2008. Nous avions également
envisagé la perspective d'un impôt minimal, et je l'avais proposé en
octobre, malheureusement les propositions sur l'impôt minimal sont soit
trop complexes soit injustes dans leur application», a rappelé la ministre
de l'Économie.
En octobre dernier, le ministère des Finances
rendait son rapport sur la création d'une «imposition minimale qui
concernerait les Français aux revenus les plus élevés». Le rapport conclue
cependant que le gouvernement n'est pas favorable à la mise en place d'un
dispositif d'imposition minimale. Le ministère préconise au contraire
l'examen de certains dispositifs fiscaux qui procurent «un avantage jugé
excessif par rapport à leur objet.»
«La
vraie question est de savoir si ces niches atteignent leur objectif,
analyse Vincent Drezet, secrétaire nationale du SNUI. Près de 9 millions
de personnes bénéficient de la prime pour l'emploi. Il est difficile de
critiquer cette exonération pourtant, elle est souvent détournée. Des
employeurs n'augmentent pas leurs salariés afin qu'ils restent dans ce
dispositif. Au final, la collectivité paie une partie de leur pouvoir
d'achat. De la même façon, les exonérations fiscales dans les DOM-TOM,
dont profitent peu de personnes, représentent un effet d'aubaine. C'est un
manque à gagner énorme pourtant, contrairement à leur but, elles n'ont pas
résorbé le chômage.» Pour ce dernier, «en baissant le plafond des niches
fiscales, souvent très haut, les mesures resteraient incitatives et
permettraient de réduire le manque à gagner.»