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Bercy s'attaque aux
investissements outre-mer
Guirec Gombert
06/05/2008
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L'offensive contre les niches fiscales bat son plein. Les
investissements dans les DOM-TOM, dans la ligne de mire de Bercy, pourraient
être plafonnés.
«Un plafonnement limiterait les dégâts, mais la suppression de cet
investissement serait catastrophique», se lamente Georges Aucante, directeur
commercial de l'agence Erige, spécialisée dans la défiscalisation outre-mer.
Propriétaires et professionnels du secteur ont effectivement du souci à se
faire. Dans la guerre lancée contre les niches fiscales, Bercy envisage de
plafonner cinq dispositifs, actuellement sans limite : le dispositif
Malraux, la location en meublé professionnel, la déduction en faveur des
monuments historiques, et les investissements locatifs et productifs dans
les DOM-TOM. Ces deux dernières mesures profitent à quelque 40 000
particuliers pour un coût estimé à près de 800 millions d'euros. La première
répond aux besoins de logements en outre-mer, la seconde doit stimuler
l'emploi. Deux dispositifs aujourd'hui pointés du doigt alors que leur
utilité n'est pas avérée. «Ils ont permis d'apporter des capitaux en
outre-mer et de répondre au défi du logement. Aujourd'hui, ils ont peut-être
atteint leurs limites», suggère Alain Saubert, rapporteur pour le Conseil
économique et social d'un projet de loi sur le développement économique et
la promotion de l'excellence outre-mer.
Une politique économique inefficace ?
«Si des métropolitains font de
l'investissement locatif mais conservent leur bien à leur retraite, il n'est
pas certain que ce soit la meilleure politique économique locale, renchérit
Vincent Drezet du syndicat national unifié des impôts (Snui). Un allégement
de l'impôt serait plus efficace que des dispositifs de défiscalisation
réservés aux métropolitains. Cela pose aussi un problème d'équité.
L'investissement productif représente un manque à gagner de 550 millions
d'euros au bénéfice de 9 800 bénéficiaires.» Déjà en 2006, Henri
Torre, rapporteur spécial sur le logement en outre-mer pour le Sénat,
soulignait les effets pervers du dispositif. «La défiscalisation
contribuerait à augmenter les prix et raréfierait l'offre de foncier, Elle
agirait donc au détriment des logements sociaux», soulignait-il. De même,
alors que «80% des ménages outre-mer seraient éligibles au logement social
(…) les loyers de sortie ne leur seraient pas accessibles.» En outre, la
taille des biens construits ne répondrait pas à la demande des familles
puisque plus de «75% des logements construits dans le cadre de la
défiscalisation étaient des T1 ou des T2.»
Un plafonnement de ces deux niches
fiscales permettrait alors à l'État de récupérer «entre 100 et 200 millions
d'euros», estime Vincent Drezet. Reste que le plafond n'est pas
encore connu. Plus il sera élevé, moins il sera efficace. Christine Lagarde
a pourtant prévenu que «lorsqu'il n'y pas de plafond, lorsqu'il y a des
possibilités d'abus, elles permettent à certains contribuables» de
s'affranchir de l'impôt sur le revenu. Une situation «inacceptable», selon
elle. Mercredi, la ministre de l'Économie doit rendre son rapport. Deux
pistes sont actuellement privilégiées : un plafonnement de ces niches
fiscales ou encore un plafond minimal sur toutes les niches. Une solution
envisagée, sans succès, sous Villepin. |