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«Pourquoi c'est dur à vivre ? Et
bien parce qu'on passe pour des nuisibles. J'en veux beaucoup aux hommes
politiques de véhiculer tout ça ! Pesant et » En quelques mots, Claudine
ramasse le malaise qui empoisonne les fonctionnaires depuis des lustres.
Nous sommes à Cambronne, le centre des Impôts de Nantes. Pour prendre le
pouls de cette fonction publique à laquelle Nicolas Sarkozy va
s'adresser aujourd'hui depuis les bords de la Loire. Cette fonction
publique souvent montrée du doigt, décriée, houspillée.
Autour de la table, des agents du Snui (Syndicat national unifié des
impôts), l'organisation majoritaire. Que des syndicalistes ? « Nous
avons un devoir de réserve, aux Impôts encore plus qu'ailleurs. Les gens
ne parlent pas facilement. En tant que militants, nous sommes plus à
l'aise. » Ils ont la cinquantaine, la moyenne d'âge des 1 200
agents de Loire-Atlantique. « Des jeunes de moins de 30 ans ? Ici, on
doit les compter sur les doigts d'une main. Comme dans les autres
administrations, ils démarrent en région |

Claudine et Marc dans leur local syndical de Nantes : « Réduire le
nombre de fonctionnaires, c'est dans l'air du temps... Et si, au
contraire, on nous donnait les moyens de réduire la fraude fiscale, 40
milliards, l'équivalent du déficit du budget de l'État. » Frédéric Girou
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avait qu'une
solution : réduire le nombre de fonctionnaires. C'est dans l'air du temps et c'est
accentué avec les libéraux. Et si, au contraire, on nous donnait les
moyens de réduire la fraude fiscale, c'est quand même 40 milliards,
l'équivalent du déficit du budget de l'État. » Daniel en remet une
couche : « C'est comme si dans une entreprise du bâtiment, le patron
disait à ses maçons et ses plombiers : vous allez apprendre le métier de
l'autre pour être polyvalents. Mais vous ne serez pas payés plus et je
vais peut-être en profiter pour réduire les effectifs. »
Pas payés plus ? Claudine est agent d'exécution. Elle a trente ans
d'ancienneté et gagne 1 700 ? par mois (dont 40 % en primes).
Jean-Jacques, lui, est inspecteur et perçoit 3 000 ?. Les primes au
mérite ont fait leur apparition dans l'encadrement.
Ils craignent leur extension.
« Dangereux, tranche Marc. Je suis attaché à la linéarité des carrières.
Le statut nous protége des pressions. » Daniel : « Si vous voulez être
bien noté, vous aurez tendance à choisir |
certains dossiers au détriment d'autres qui
réclameraient plus d'investigation. » Jean-Jacques : « Restons dans une
logique de disponibilité vis-à-vis du citoyen. Elle ne peut se faire
qu'avec un fonctionnaire qui n'est pas, entre guillemets, intéressé à
son résultat. Sinon, gare aux dérives. » Payés plus ? « Oui, avec des
augmentations uniformes. »
Entre combat et lassitude
Les fonctionnaires s'attendent à une partie serrée. Ceux qui
constituaient, il y encore vingt ans, les gros bataillons de la gauche
sont « en plein désamour vis-à-vis des politiques ». « Les suppressions
d'emploi, rappelle Claudine, ce n'est pas la droite qui les a impulsées.
Mais bon, droite et gauche, ce n'est pas la même idéologie et, surtout,
pas la même méthode. » Marc s'inquiète : « Là, on va en prendre plein la
tête ! (silence) Ah, oui, plein la tête ! Après, la combativité derrière
? On fera tout pour. Mais, comme on est dans un perpétuel mouvement de
réforme, il peut y avoir une lassitude. »
Marc PENNEC. |
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parisienne. Parcours classique, aujourd'hui comme
hier. » Pour la plupart, c'est le « hasard », la « pression des parents
», la « sécurité de l'emploi » qui les ont poussés aux Impôts, il y a
maintenant trente ans. « On n'y entre pas par vocation, reconnaît
Daniel. Moi, j'ai suivi des copains qui y étaient. Ils auraient été aux
PTT, j'y allais. »
Des nantis ? Des cossards ?
Et de tout temps, il leur a fallu composer avec cette petite musique
entêtante qui court bureaux et guichets. « Nous sommes des mal-aimés.
Les fonctionnaires en général et les agents des impôts en
particulier. Toujours en position |
d'accusés. De boucs émissaires.
» Dans l'opinion, on les traite volontiers de « nantis
», de « cossards ». Marc corrige le tir. « C'est effectivement entretenu
par le politique. Mais quand on est au contact avec les contribuables,
ça se passe très bien. Ils nous reconnaissent une disponibilité, une
technicité. »
Dans une armoire du local syndical, il y a les réformes enclenchées par
Bercy depuis une vingtaine d'années. Une pile de dossiers sédimentés. «
Ces réformes, elles se succèdent, se chevauchent. Toujours l'impression
de courir après un train en marche, déplore Claudine. Pour réduire la
dette publique, c'est comme s'il n'y |