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Fraude fiscale et
sociale : effet d'affichage, dilution du contrôle ou vraie ambition ?
par Vincent Drezet, SNUI
Lutter contre la fraude, bravo! Le problème
est qu'il y en a plusieurs, et qu'il convient donc de définir les priorités.
Ainsi donc, la guerre à la
fraude fiscale et sociale serait déclarée. Le Président de la République a
affirmé qu'il fallait « sortir de cette situation invraisemblable d'un pays
à la solidarité généreuse, mais pas assez ferme contre la fraude ». Des
mesures devraient être annoncées cet automne par le gouvernement. Éric
Woerth, Ministre des comptes, est désigné « M. lutte contre la fraude ».
Pour qui défend de longue date l'indispensable intensification de la lutte
contre les diverses formes de délinquance financière, dont la fraude
fiscale, avouons qu'il y a de quoi se montrer intéressé. Est-il en effet
normal de laisser filer plusieurs dizaines de milliards d'euros par an du
fait de la fraude et de faire payer par les uns ce qui est fraudé par les
autres ? Assurément non, chacun en conviendra. Lutter contre les diverses
formes de fraudes fiscales et sociales s'impose donc comme une évidence.
Fraude à la solidarité ou fraude internationale ?
Mais qui fraude ? Beaucoup de monde ! Quelle est cette fraude ? C'est toute
la question. Activité non déclarée, transferts de bénéfices dans des paradis
fiscaux, produits de trafics, fraude à la TVA intracommunautaire, déductions
à tort de charges, sous capitalisation, bénéfices ou revenus sous déclarés,
etc la fraude est multiforme, plus ou moins coûteuse, plus ou moins
complexe. Cela montre également l'ampleur des moyens législatifs, humains et
matériels que la lutte contre la fraude nécessite. Car sans verser dans le «
tout sécuritaire fiscal », il est évident qu'il faut lutter contre toutes
les fraudes et être présent sur tous les fronts. Cela mérite d'être précisé,
car les propos présidentiels laissent planer un doute : à invoquer
uniquement la fraude à la solidarité, on risque de désigner la seule fraude
sociale et la petite fraude fiscale et d'oublier ainsi les grands schémas
d'évasion et de fraude fiscales internationales qui ne constituent pas à
proprement parler une fraude à la solidarité mais, plus largement, une
fraude aux recettes publiques de toutes sortes. Or, cette fraude est
particulièrement coûteuse et doit faire l'objet d'un véritable plan de
lutte, en France et au niveau international. Convenons également que le
débat sur la « dépénalisation du droit des affaires » entretient ce doute
sur la volonté de s'attaquer réellement à toutes les fraudes.`
Est-ce en effet cela qui est envisagé ? La question est posée. Ne tombons
cependant pas dans le procès d'intention : il faudra bien entendu attendre
les annonces pour se prononcer. Pour l'heure, disons qu'il faut vivement
souhaiter que les mesures envisagées ne se braquent pas uniquement contre la
fraude ordinaire « du quotidien » en oubliant au passage de s'attaquer aux
fraudes plus complexes. L'enjeu est immense, puisqu'il consiste aussi bien à
combattre le travail non déclaré, dont on sait qu'il s'accompagne bien
souvent de conditions de travail déplorables pour les salariés embauchés «
au noir », que de renforcer la lutte contre la fraude fiscale plus élaborée,
à l'échelle internationale par exemple. Il y a là pour le moins
d'importantes marges de progression en matière d'harmonisation et de lutte
contre les pratiques fiscales dites dommageables qui favorisent une évasion
fiscale de grande ampleur (à destination des paradis fiscaux et des pays qui
se livrent au dumping notamment). Ce chantier doit être mené avec d'autres
États, ainsi que le souligne l'Organisation de coopération et de
développement économique qui s'inquiète de ce que certains pays ne
respectent pas leurs engagements en matière de transparence et d'échange
effectif de renseignements. On atteint là les limites de la concurrence
fiscale, ce que le SNUI souligne de longue date en proposant, à l'échelle de
l'Union européenne, l'instauration d'un serpent fiscal européen, un
dispositif destiné à limiter les écarts entre systèmes fiscaux et à lutter
contre les fraudes fiscales. A tout le moins, et pour commencer, il serait
tout à fait possible d'intensifier les procédures existantes, en France et
en Europe…
Convenons que le constat dressé par l'OCDE a de quoi faire frémir et qu'il
situe clairement les enjeux en matière de fraude fiscale et, plus largement,
de délinquance financière. On est loin ici de la chasse au « Rmiste » ou du
contrôle automatisé des salariés (déjà largement à l'œuvre grâce aux
recoupements informatiques). Pour un contrôle réellement à la hauteur des
enjeux, il faudra notamment : développer les moyens (législatifs, humains et
matériels) alloués à la lutte contre la fraude (ce que demandent l'OCDE et
la Commission européenne), et ce notamment en renforçant l'indispensable
technicité des administrations effectuant ces contrôles (fiscaux, sociaux,
judiciaires…), favoriser les échanges entre ces administrations
techniciennes plutôt que de les diluer dans un vaste ensemble et, enfin,
adapter les procédures. Espérons donc que les futures annonces soient donc
véritablement à la hauteur de ces enjeux…
Mercredi 17 Octobre 2007 - 07:00
Vincent Drezet, SNUI |