Les polémiques sur les patrimoines du couple
Royal-Hollande et de Nicolas Sarkozy ont remis sur la place publique le
débat sur l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Le sujet
préoccupe, au-delà des candidats à l'élection présidentielle, comme le
prouvent les démarches effectuées par des contribuables potentiels
auprès des notaires. «Tous les jours, des gens nous consultent pour
savoir s'ils sont susceptibles d'être assujettis à cet impôt, affirme
Me François Carré, dont l'étude est implantée dans le VIIe
arrondissement, l'un des quartiers les plus chers de Paris.
Récemment, un client est venu me voir. Il est propriétaire d'un joli
rez-de-jardin de 110 m2 dans une rue proche du Sénat. Là-bas, ça vaut
plus de 10 000 euros le mètre carré. Il a failli tomber de sa chaise
lorsque je lui ai annoncé qu'il était concerné par l'ISF.»
Tâche complexe. La
flambée de l'immobilier parisien, (+ 149 % entre 1997 et 2006, selon
le baromètre Insee-Chambre des notaires) fait entrer dans les clous de
l'ISF des milliers de ménages propriétaires d'appartements d'une
surface de l'ordre de 100 m2, dès lors que s'ajoute à ce patrimoine
une résidence secondaire, ou un portefeuille d'actions. Dans la
capitale, le prix moyen du mètre carré atteint 5 685 euros et dépasse
les 8 000 euros dans les arrondissements les plus prisés. Ce qui fait
frôler à de nombreux ménages le seuil de l'ISF, soit 760 000 euros, la
résidence principale bénéficiant d'un abattement de 20 % (lire
ci-contre). Cette envolée de la pierre vaut pour toute la région
parisienne et pour les grandes villes de l'Hexagone ou la plupart des
zones des littoraux méditerranéen et atlantique. L'an dernier en
Ile-de-France, 3 645 logements se sont vendus à un prix supérieur à
750 000 euros. Des patrimoines faciles à repérer pour le fisc. Sa
tâche est plus complexe pour les propriétaires d'appartements ou de
maisons achetées il y a dix ou vingt ans.
Grappiller. «Les
gens savent que les prix de l'immobilier ont augmenté. Mais ça reste
flou. Ils n'ont pas percuté l'ampleur de la hausse», témoigne Me
Carré. Il cite en exemple un couple, propriétaire d'une maison à
Suresnes (Hauts-de-Seine) acquise 2 millions de francs (300 000 euros)
il y a vingt ans. «Maintenant, ils souhaitent vendre. L'expert l'a
estimée à 1,2 million d'euros. Ils ont réalisé qu'ils entrent dans les
clous de l'ISF.» Des
situations que ne nie pas Vincent Drezet, secrétaire national du
Syndicat national unifié des impôts (SNUI). «Parfois, les gens ne
se rendent pas compte de l'évolution des valeurs, notamment quand leur
patrimoine flirte avec la frontière de l'ISF. A l'occasion (lors d'une
vente, d'un partage...), ils s'aperçoivent qu'ils sont tombés du côté
où ils doivent payer.» Certains contribuables parfaitement
informés jouent sur cette frontière pour tenter de grappiller une ou
deux années de non-imposition, en sous-évaluant leur patrimoine.
D'autres tentent de se noyer dans la masse en espérant que
l'administration les oubliera. Pour les repérer, le fisc croise les
fichiers de l'impôt sur le revenu avec celui de la taxe foncière et
détecte ainsi les ménages aisés disposant d'une résidence principale
et d'une résidence secondaire, par exemple. Mais beaucoup de
patrimoines demeurent non déclarés et sont découverts à l'occasion
d'héritages.
«Bonne foi». «Depuis
le début de l'année, j'ai ouvert quatre successions, où les parents
auraient dû payer l'ISF mais ne l'ont pas fait. Dans ce cas, le fisc
peut réclamer son dû en remontant jusqu'à dix ans en arrière», affirme
Me Gilles Oury, notaire boulevard Haussmann à Paris. «Le conseil
du notaire consiste à recommander à ses clients d'aller voir
l'administration, en plaidant la bonne foi, la vieillesse des parents
qui ne se sont pas rendu compte de l'envolée de l'immobilier. Dans ce
cas, le fisc se montre indulgent et ne remonte qu'à trois ans», poursuit
Me Oury. L'ISF, qui suscite de vifs débats, n'a rien d'une spoliation
pour les patrimoines de l'ordre du million d'euros. Un couple avec
deux enfants disposant d'un tel capital (dont une résidence principale
à 700 000 euros) paiera 305 euros d'ISF. Soit environ le montant de la
taxe d'habitation pour un deux pièces en HLM. Pas de quoi crier misère
!