Le flou subsistant autour de la mesure empêche
d'évaluer ses conséquences.
QUOTIDIEN : jeudi 31 mai 2007
Plutôt que la clarté, un épais brouillard. Ou
plutôt un «sfumato», une brume à enfumer les esprits, à dix jours
des législatives : ainsi se présente la déduction des intérêts des
emprunts immobiliers contractés pour l'achat d'une résidence principale,
promise mardi par Sarkozy.
C'est la première embrouille. Le chef de l'État
a bien parlé de déduction. Mais son cabinet utilisait hier le terme de
crédit d'impôt. Deux termes inconciliables. Une déduction, c'est
compliqué à expliquer et à mettre en oeuvre. Elle s'opère à partir du
revenu imposable. Et pour un même prêt, la ristourne varie en fonction
du niveau de revenus. Si c'est une réduction d'impôt, le calcul est plus
aisé. Geoffroy Bragadir, le patron d'Empruntis, un courtier en prêts
immobiliers, a sorti sa calculette. Exemple : un ménage gagne 4 400
euros par mois et emprunte 200 000 euros sur vingt ans, à 5 %, soit un
taux d'endettement de 30 %. S'il s'agit d'une déduction du revenu
imposable, à hauteur de 20 % des intérêts, et s'il a deux enfants, son
économie d'impôt sera de 1 300 euros environ. S'il s'agit d'une
réduction, le cadeau frôle les 2 000 euros. Hier, le cabinet d'Éric
Woerth, ministre du Budget, en perdait son latin : «le " truc " est
chez Borloo». Chez le ministre de l'Économie, on se retranche
derrière les propos de Sarkozy : «Mais rien n'est tranché.» Hier,
Henri Guaino, conseiller spécial de Sarkozy, a rajouté du brouillard en
assurant qu'il y aurait «forcément un plafond» dans le
mécanisme...
On recense autour de 780 000 acquisitions
immobilières par an, dont 75 % de résidences principales. Selon
Empruntis, 65 % des achats sont le fait de primo accédants. Si, comme
Sarkozy l'a promis, le cadeau profite à tous ceux qui remboursent un
crédit pour l'achat de leur résidence principale, l'estimation est
vertigineuse. Le courtier Empruntis l'a évalué, sur la base d'une
réduction d'impôt, à 4,2 milliards d'euros. Pour quel impact ? «Dans
nos prévisions, on tablait sur un recul du marché immobilier de 2 %. Il
va falloir tout revoir et sans doute à la hausse, remarquait le
patron d'Empruntis. C'est difficile de comprendre l'orientation
politique d'un tel geste, alors que la réduction de la dette de l'Etat
semblait un objectif.» Les recettes fiscales vont assurément
souffrir. L'impôt sur le revenu, rappelle le Snui (Syndicat national
unifié des impôts), «rapporte autour de 50 milliards d'euros». Selon
lui, le cadeau de Sarkozy sur les intérêts d'emprunt devrait l'amputer
de 4 à 5 milliards. Au Snui, on remarquait hier que, «dans sa
campagne, Sarkozy a tout dit : déduction, réduction, crédit. Soit ils
n'ont pas bossé, soit c'est une promesse de campagne, et quand ils
auront regardé le coût, ils trancheront» .