|
Fraudes fiscales : pour Philippe Séguin,
il " ne faut pas s'illusionner " sur les montants à récupérer
Le premier président de la Cour des comptes,
Philippe Séguin, a présenté hier un rapport " équilibré " et
" réaliste " sur les fraudes aux prélèvements obligatoires et leur
contrôle. Le contenu de ce rapport était déjà connu (" Les Echos " du
20 février), le commentaire de la cour était plus attendu. Evalué dans une
fourchette de 29 à 40 milliards d'euros par an, soit entre 1,7 % et 2,3 % du
PIB, ce montant " n'est pas proprement catastrophique ", a ainsi
estimé Philippe Séguin, et " ne justifie pas qu'on se lance dans le tout
répressif ".
S'il est " quasiment impossible ", selon
le rapporteur général du texte, d'évaluer les montants qu'un accroissement
des contrôles pourrait rapporter, le président du Conseil des prélèvements
obligatoires s'est employé à démontrer hier qu'il " ne faut pas
s'illusionner sur la capacité à récupérer " les montants de la fraude
fiscale et sociale. Le contrôle des fraudes " est une mission essentielle
mais il ne faut surtout pas en faire le remède miracle " pour répondre
au déficit public, a appuyé Philippe Séguin.
D'abord parce les entreprises redressées sont
souvent placées en liquidation judiciaire avant que les montants réclamés ne
soient récupérés. Ensuite parce que le travail au noir n'est souvent
rentable que parce qu'il est dissimulé, et disparaît donc dès lors qu'il est
" blanchi ".
" Une question de méthode "
Estimant que " la fraude n'est pas liée
seulement au niveau des prélèvements obligatoires mais à leur complexité et
à des éléments culturels ", Philippe Séguin a jugé que " la dimension
préventive a toute sa place " et que la réponse aux fraudes " est
plus une question de méthode et d'outils que de moyens ".
Un argument
loin d'être partagé par le Syndicat national unifié
des impôts (SNUI).
" Force est de constater que la lutte contre
la fraude nécessite des moyens humains ", a estimé hier celui-ci.
" Avec près de 5.000 suppressions d'emplois en quatre ans, la direction
générale des impôts (DGI) a largement diminué ses capacités de lutte contre
la fraude. Les emplois à la DGI sont socialement utiles et budgétairement
rentables. " Le rapport du Conseil des prélèvements obligatoires a été
remis à Jacques Chirac et aux présidents des deux Assemblées. " Nous
pouvons souhaiter qu'il soit utile pour conforter le civisme fiscal ", a
plaidé Philippe Séguin. |