Selon Philippe Marini, sénateur UMP de l'Oise,
l'ISF serait en outre responsable depuis 2004 d'une "accélération des
délocalisations fiscales" avec 649 départs en 2006 contre seulement
350 par an, en moyenne, sur la période 1997-2003.
"Le manque à gagner pour le Trésor serait
d'environ 7 milliards d'euros par an, soit deux fois le produit de
l'impôt", souligne Eric Pichet, professeur à l'Ecole de management de
Bordeaux, dans une étude publiée en avril dans la Revue de droit fiscal.
Face à ce constat, la nouvelle majorité semble favorable à un allégement
de l'ISF.
Pour Philippe Bruneau, président du Cercle des
fiscalistes, deux voies sont envisageables : "La première, la plus
radicale, consiste à supprimer purement et simplement l'ISF, comme les
Suédois viennent de décider de le faire. La seconde, vers laquelle semble
s'orienter Nicolas Sarkozy, est de maintenir l'ISF pour son caractère
symbolique, mais de le vider de sa substance."
Comment ? Tout d'abord, en élargissant, dès
2008, le nombre de bénéficiaires potentiels du bouclier fiscal. Son seuil
de déclenchement serait ramené de 60 % à 50 % des revenus déclarés et son
calcul intégrerait, en plus de l'ISF, de l'impôt sur le revenu et des
impôts locaux sur la résidence principale, la CSG et la CRDS prélevées sur
les revenus d'activité (au taux global de 8 % pour les revenus salariaux
et non salariaux et de 7,1 % pour les revenus de remplacement).
HAUSSE DU REMBOURSEMENT
Selon
des projections effectuées par le Syndicat national unifié des impôts (SNUI),
ces deux modifications se traduiraient, à niveau de revenus et de
patrimoine inchangés, par une augmentation sensible du remboursement
auquel peuvent prétendre les contribuables assujettis à l'ISF.
A titre d'exemple, pour un célibataire
disposant d'un salaire annuel imposable de 100 000 euros, d'un patrimoine
net taxable de 1 000 000 d'euros et payant 6 000 euros d'impôts locaux sur
sa résidence principale, son droit à restitution serait multiplié par
deux, passant de 17 427 euros en 2007 à 34 574 euros en 2008.
La seconde mesure envisagée par Nicolas
Sarkozy serait d'instituer une réduction d'impôt. Concrètement, les
contribuables pourraient déduire du montant de l'ISF à payer - et non de
celui de leur patrimoine taxable - une somme "pouvant aller jusqu'à 50
000 euros" à condition qu'elle soit investie dans une petite ou
moyenne entreprise ou dans une fondation pour la recherche. Le ministre du
budget, Eric Woerth, a déclaré dans les Echos daté jeudi 24 mai que
cette mesure devrait entrer en vigueur dès cet été.
Toujours selon le SNUI, cette mesure reviendrait à exonérer totalement les
contribuables ayant un patrimoine taxable inférieur ou égal à 6 millions
d'euros, soit la quasi-totalité d'entre eux. En revanche, s'agissant des
modalités de calcul de l'ISF (assiette, taux...), aucune mesure
particulière n'a pour l'instant été annoncée.