ISF : les résidences principales seront moins taxées


Voilà qui devrait alimenter un peu plus la polémique sur le paquet fiscal. Alors que les députés ont commencé hier l'examen des principales mesures du gouvernement (lire ci-dessous), le Premier ministre, François Fillon, aurait accédé, selon Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée, à la demande de Gilles Carrez, rapporteur général du Budget (UMP), de porter de 20 % à 30 % l'abattement dont bénéficient les résidences principales pour le calcul de l'impôt de solidarité sur la fortune.
Objectif ? Soulager les propriétaires qui sont assujettis à l'ISF depuis que la valeur de leur logement, à Paris comme en province (le fameux syndrome des pêcheurs de l'île de Ré), a grimpé en flèche du simple fait de la flambée des prix de l'immobilier.
Le Premier ministre cherche également à contenter les plus libéraux de sa majorité qui, eux, réclamaient depuis longtemps que la résidence principale soit carrément exonérée d'ISF. Au final, cette mesure devrait profiter à « un certain nombre de contribuables des classes moyennes et moyennes supérieures », estimait hier Jean-François Copé. Et l'ancien ministre du Budget d'ajouter, comme pour mieux devancer les critiques, « qu'aucun contribuable n'est oublié » par le paquet fiscal (bouclier fiscal, exonération des heures supplémentaires, déductibilité des intérêts d'emprunt immobilier, quasi-suppression des droits de succession...).
« Pas un geste pour les locataires »
A gauche, on ne l'entend pas de cette oreille. Bien au contraire.
« C'est scandaleux, jugeait-on hier dans l'entourage de Didier Migaud, président (PS) de la commission des Finances de l'Assemblée. Le gouvernement couvre les propriétaires de cadeaux fiscaux, mais n'a pas un geste pour les locataires, soit quand même près de la moitié de la population française. »
Malgré tout, la commission des Finances de l'Assemblée a adopté hier soir l'amendement permettant d'augmenter l'abattement de l'ISF sur la résidence principale.
Du côté socialiste, on estime également que cette mesure coûtera 115 millions d'euros par an - rappelons que l'ISF rapporte, bon an mal an, quelque 4 milliards d'euros à l'Etat - et ne profitera qu'à quelques milliers de privilégiés. « Car aujourd'hui, ajoute-t-on au PS, pour qu'un contribuable soit assujetti à l'ISF uniquement à cause de son logement, cela veut quand même dire que celui-ci est estimé à plus de 900 000 ! »
Le Syndicat unifié des impôts (Snui) admet, quant à lui, que l'explosion du marché de l'immobilier a fait rentrer dans l'ISF des gens qui sont loin d'être fortunés.
« Le problème, estime Vincent Drezet, son secrétaire, c'est que, si on relève l'abattement de l'ISF pour les résidences principales et que, dans le même temps, on allège les successions et les donations, comme le propose le gouvernement, on risque vraiment d'accélérer les inégalités de patrimoine. »

Olivier Baccuzat