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Journal
La Tribune - 12/09/07
POINT DE VUE
Le contrôle fiscal sans drame ni
passions
VINCENT DREZET, SECRÉTAIRE NATIONAL
DU SYNDICAT NATIONAL UNIFIÉ DES IMPÔTS
Les déclarations du président de la
République sur les dénonciations anonymes ont été durement ressenties par
les agents des impôts, en particulier ceux en charge du contrôle fiscal.
Nombreux sont ceux qui se sont sentis injustement insultés par la référence
à " Vichy " les assimilant, de fait, aux acteurs les plus sombres de
l'occupation nazie. Rappeler que le contrôle fiscal vise à combattre la
fraude et à s'assurer que les citoyens participent à la " contribution
commune [...] en raison de leurs facultés " (article 13 de la Déclaration
des droits de l'homme et du citoyen), et non en raison de leur volonté ou de
leur pouvoir, semble utile. En cela, le contrôle s'inscrit dans le droit fil
des principes démocratiques...
Le contrôle fiscal a mauvaise presse. Seulement voilà, il est utile :
diminuez les moyens de lutter contre la fraude et, la " peur du gendarme "
envolée, il s'ensuivra un appel d'air qui gonflera la fraude et diminuera
les recettes publiques. On le voit, la légitimité même du contrôle fiscal ne
saurait être remise en cause, sauf à expliquer aux contribuables honnêtes
qu'il est normal qu'ils paient ce que d'autres fraudent. En France, chaque
contribuable (particulier ou entreprise) déclare ses revenus, ses bénéfices
et, éventuellement, le patrimoine qu'il détient ou qu'il reçoit, la TVA
qu'il collecte en qualité de commerçant, etc. En contrepartie,
l'administration a le droit de contrôler l'exactitude des déclarations,
d'inciter ceux qui ne déclarent pas à régulariser leur situation, de
rappeler l'impôt dû lorsque les montants déclarés sont inférieurs aux
montants réellement perçus et de sanctionner ceux qui ne respectent pas
leurs obligations.
Droits du contribuable importants
En théorie, le contrôle doit donc permettre de " récupérer " l'impôt
éventuellement fraudé. Concrètement, les agents des impôts ne décident
jamais seuls et subjectivement des contrôles à effectuer : leurs
propositions de vérification font l'objet d'une procédure interne précise et
la place des dénonciations, globalement très rares, pas toujours anonymes et
rarement étayées, y est ultraminoritaire. Par ailleurs, ils ne décident pas
seuls et subjectivement des redressements. Ils les constatent au vu du
dossier ou de la comptabilité et les notifient au contribuable au terme
d'une procédure parfois longue, dans laquelle les droits du contribuable
sont de plus en plus importants. Cela mérite d'être précisé pour ne pas
laisser perdurer le vieux fantasme de l'inquisition fiscale menée par un "
contrôleur fiscal " présenté, bien souvent, comme inévitablement borné...
La fraude fiscale est difficile à évaluer, mais si les estimations varient,
toutes montrent qu'elle est colossale : le Conseil des prélèvements
obligatoires (CPO) estime que le niveau annuel de la fraude fiscale et
sociale est compris entre 30 et 40 milliards d'euros, le Snui l'évalue entre
40 et 50 milliards et la Commission européenne avance une fourchette moyenne
pour l'Union européenne de 2 % à 2,5 % du produit intérieur brut, soit 34 à
43 milliards d'euros pour la France (elle estime la fraude à la seule TVA à
14 milliards). Les travaux du CPO sont éclairants et confirment ce que les
fiscalistes constatent de longue date. La fraude fiscale et sociale n'est
pas simplement importante, elle se développe aussi, se diversifie, se
complexifie et s'internationalise.
Dans un tel contexte, l'heure n'est donc pas au recul du contrôle fiscal,
mais bien à son amélioration, notamment en prenant mieux en compte les
réalités économiques. Cela passe par des moyens législatifs et
réglementaires adaptés, car un contrôle fiscal juste et efficace,
indépendant de toute forme de pression politique, qui doit être plus présent
et plus réactif dans ses procédures. Cela passe également par le
développement de la coopération internationale. Cela passe, enfin, par des
moyenshumains.
Quelle volonté politique ?
Le propos peut paraître incongru à l'heure où on réduit le nombre de
fonctionnaires, mais les faits sont têtus. Même avec l'aide précieuse de
l'informatique, on n'a pas trouvé mieux que l'être humain pour gérer
l'impôt, renseigner le public, détecter la fraude, vérifier les dossiers,
contrôler les comptes ou encore recouvrer l'impôt. Il ne s'agit pas ici de
verser dans le " tout sécuritaire fiscal " et la surenchère aux effectifs,
mais simplement de montrer en quoi la lutte contre la fraude est
essentielle, afin de nourrir sereinement un débat fiscal. Mais une question
demeure : y a-t-il une réelle volonté politique de lutter contre l'évasion
et la fraude fiscales?
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