POLITIQUE -
Article paru
le 26 septembre 2007


ÉVÉNEMENT

A qui profite l’austérité ?
 
Éric Heyer, directeur adjoint au département analyse et prévision de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) : Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat national unifié des impôts (SNUI) : Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste :
« 2,2 % pour 2008, c’est un demi point de croissance de moins que prévu, et il est vrai que le paquet fiscal vient rogner la marge de manoeuvre du gouvernement. Je ne crois pas que cette mesure réponde au mieux aux problèmes et que l’effet sur la croissance soit à la hauteur de la dépense car les personnes concernées ne sont pas celles qui ont la propension à consommer la plus élevée. Une partie va être épargnée, ce qui limitera l’effet de relance et risque de nous empêcher de respecter nos engagements vis-à-vis de Bruxelles en terme de déficit que nous évaluons au-delà du seuil des 3 % en 2008. La valorisation des bas salaires et au lieu du bouclier fiscal, une prime sur l’emploi auraient sans doute eu plus d’effet sur la relance. » « En dramatisant la question de la dette et en présentant l’État en faillite, on prétend justifier moins de dépenses publiques et faire passer l’idée de la rigueur. On a vu qu’avec la baisse des impôts on se prive de recettes sans relancer la consommation, le paquet fiscal obéit exactement à la même logique. Il s’adresse à ceux qui ont déjà une capacité d’épargne et qui ne consommeront pas plus. Ces mesures vont entraîner plus d’inégalités de patrimoine et de revenu. Ce sera moins d’argent public pour tous et plus d’argent privé pour quelques-uns. Il fallait au contraire utiliser les marges de manoeuvre pour élargir l’assiette et supprimer le poids des niches fiscales, réviser la fiscalité du patrimoine. La fiscalité locale, avec des principes de la valeur locative qui datent de 1970, devrait aussi être profondément réformée. » « Le gouvernement a utilisé toutes ses marges de manoeuvre avec les quinze milliards d’euros de cadeaux fiscaux faits aux ménages les plus aisés. De plus, les prévisions de croissance laissent supposer qu’il y aura huit milliards de recettes fiscales en moins et le président ne pourra pas tenir ses engagements vis-à-vis de l’Eurogroupe en ce qui concerne les déficits publics.
Ce budget va être un exercice de bricolage comptable pour laisser croire que les priorités gouvernementales demeurent inchangées et que Nicolas Sarkozy a tenu ses engagements en matière de recul des déficits. La vérité, c’est qu’il va sans doute payer au prix fort l’irresponsabilité d’une première mesure clientéliste comme celle du paquet fiscal.

Propos recueillis par F.D.