|
Interview de
Vincent Drezet, secrétaire national du Syndicat national
unifié des impôts
Nicolas Sarkozy a annoncé
dimanche son intention de plafonner à 50% des revenus les
impôts (sur le revenu, l’ISF et les impôts locaux) et les
contributions (CSG et CRDS), et ce dès l’été 2007. Cette
mesure se révèle-t-elle vraiment avantageuse et si oui, pour
qui?
Elle concernerait une partie des
400.000 personnes qui se situent dans la plus haute tranche
des barèmes (+ 65.000 euros par an). Autant dire une très
petite minorité, la France comptant 18 millions de foyers
fiscaux imposables. Mais il va sans dire qu’elle serait
effectivement avantageuse pour les foyers concernés
puisqu’elle reviendrait à rembourser quasiment le montant de
l’impôt sur la fortune. Le coût de cette mesure s’élèverait
ainsi à plusieurs milliards d’euros.
Comment cette somme serait-elle compensée selon vous ?
Nicolas Sarkozy n’a pas cru bon de le préciser, mais il est
possible que ces allégements se répercutent sur d’autres
impôts. Il semblerait que l’on réfléchisse à une hausse de
la TVA dans certains cercles politiques. Autres options : la
hausse de la dette publique, qui est déjà très élevée, ou
une réduction brutale des dépenses publiques, comme
l’éducation, la santé…
Que pensez-vous de l’idée d’augmenter les impôts sur le
revenu pour les personnes gagnant 4.000 euros net par mois,
lancée par François Hollande ?
Cette mesure concernerait également une minorité de
personnes, soit entre 300.000 et 500.000 foyers imposables.
L’impôt sur le revenu mérite un autre débat que celui de la
hausse ou de la baisse des prélèvements. Quid des niches
fiscales par exemple ? Même sans changer les taux
d’imposition, l’État pourrait considérablement augmenter la
recette des impôts en s’attaquant à certaines déductions
fiscales.
La réduction d’impôt sur les emplois à domicile. Le plafond
du montant à déclarer, fixé à 15.000 euros, créé un effet
d’aubaine pour certains. Ils font passer l’embauche d’un
majordome à plein temps comme une aide à domicile ponctuelle
et bénéficient ainsi de la réduction fiscale alors qu’ils
ont de toute façon les moyens de se payer cet emploi à
domicile. Le plafond pourrait être ramené à 5.000 euros. Il
resterait incitatif puisque la réduction moyenne d’impôt
pour ce type de services tourne autour de 2.300 euros. On
économiserait ainsi 1 milliard d’euros. Idem avec toute la
fiscalité de l’épargne. En supprimant des réductions
d’impôts sur certains placements, on gagnerait jusqu’à 8
milliards d’euros.
Propos recueillis par Catherine Fournier
|