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Les mesures fiscales de
Sarkozy coûteraient près de 26 milliards d’euros par an
20Minutes.fr | 25.01.07 | 13h03
Réduire la dette publique ne semble pas être l’un des objectifs prioritaires
de Nicolas Sarkozy. Le candidat UMP à la présidentielle met plutôt l’accent
sur la baisse d’impôts pour relancer la consommation. Ajoutées les unes aux
autres, ses mesures fiscales coûteraient ainsi près de 26 milliards d’euros
par an à l’Etat (130 milliards sur l’ensemble de la prochaine législature),
alors que la dette de l’Etat s’élève actuellement à 1180 milliards d’euros.
Et profiteraient à une minorité de contribuables, les plus aisés.
Pour compenser cette perte de revenus, Nicolas Sarkozy évoque le
non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, les
gisements que représentent les budgets consacrés aux préretraites et à la
formation professionnelle et le fait qu’«il ne faut plus de minima sociaux
sans contrepartie d’activité». Mais il fait surtout confiance à la relance
du pouvoir d’achat que devrait entraîner selon lui cette baisse des
prélèvements, faisant augmenter du même coup les recettes de la TVA. Or,
comme le rappelle le «Canard Enchaîné» dans son édition du 26 janvier, «la
TVA est l’impôt le plus injuste qui soit, puisqu’il frappe également les
riches et les pauvres».
Tour d’horizon de ces propositions fiscales, expliquées par le menu, avec
l’aide du Syndicat national unifié des impôts (Snui).
1ère mesure : baisser le seuil du bouclier fiscal à 50%
2ème mesure : déduire jusqu’à 50.000 euros du montant de l’ISF pour
ceux qui investissement dans une PME
3ème mesure : baisser de quatre points les prélèvements obligatoires
4ème mesure : déduire les intérêts d’emprunt de l’impôt
5ème mesure : la fin de l’impôt sur les successions
1ère mesure : baisser le seuil du bouclier fiscal à 50%
Le bouclier fiscal :
Qu’est-ce que c’est? Le remboursement du montant des impôts (impôt sur le
revenu, taxe foncière, taxe d’habitation, ISF) qui excède 60 % des revenus
(salaire, revenus locatifs, plus-value sur la revente d’actions…). Il a été
instauré dans le cadre de la réforme fiscale 2005 et s’appliquera sur les
revenus de 2005 : le contribuable pourra demander le remboursement de
l’excédent versé en 2006 sur ses revenus 2005.
Qui est concerné ? 93.000 personnes selon la Direction générale des impôts
(DGI), sur 34 millions de foyers fiscaux (dont 17 millions imposables).
Parmi ces 93.000 personnes, figurent deux catégories : - 77.000 personnes
qui perçoivent peu de revenus mais assez pour être imposables à la taxe
d’habitation ou qui possèdent un bien immobilier et sont donc également
redevables de la taxe foncière. Le montant de ces impôts locaux excède ainsi
facilement 60% de leurs revenus. Le surplus versé leur sera donc remboursé.
«Il peut aussi bien s’agir d’une prostituée qui ne déclare pas ses revenus
que d’un étudiant qui a hérité de l’appartement de son grand-père et qui
n’est plus sur la déclaration de ses parents, explique Henri Sterdyniak,
fiscaliste à Sciences-Po. On ne sait donc pas quelle proportion de ces
77.000 personnes vont demander un remboursement, la DGI étant susceptible de
mettre le nez dans leurs affaires pour vérifier s’ils perçoivent ou non un
revenu». Si toutes en font la demande, un montant total de 50 millions
d’euros sera reversé (soit 650 euros par contribuable).
- 16.000 personnes qui ont un patrimoine très important, bien au-delà des
750.000 euros de biens (maisons, bateaux, actions, meubles précieux…) requis
pour être imposable à l’Impôt sur la fortune. Le montant de l’ISF (1,8%
maximum au-delà de 15 millions de patrimoine), ajouté à celui sur le revenu,
à la taxe d’habitation et à la taxe foncière dépasse donc 60% de leurs
revenus annuels. D’après le ministère des Finances, 350 millions d’euros
seraient reversés dans le cadre du bouclier fiscal, soit 22.000 euros par
foyer fiscal.
Ce que propose Nicolas Sarkozy: le ministre de l’Intérieur a proposé de
ramener le seuil de ce remboursement à 50% de la totalité des revenus
déclarés et d’inclure dans le calcul la CSG et la CRDS, prélevés à la source
et représentant 8% du salaire brut. Cette mesure va surtout profiter aux
16.000 personnes au patrimoine élevé qui dans certains cas pourront voir
leur remboursement, déjà conséquent, être multiplié par deux. Le nombre de
bénéficiaires du bouclier fiscal va aussi augmenter. Ainsi, alors qu’un
salarié célibataire déclarant 100.000 euros de revenus annuels devait
disposer d’un patrimoine imposable à l’ISF de 3,65 millions d’euros pour
atteindre le seuil de 60%, il ne lui faudra «plus» qu’un patrimoine de 2,82
millions d’euros pour être concerné par le bouclier fiscal de Nicolas
Sarkozy. Conclusion: la mesure continue de profiter à une minorité de
contribuables très aisés et coûterait 2 milliards d’euros à l’Etat selon le
Snui, soit près de la moitié des
recettes de l’ISF (plus de 3,6 milliards d’euros en 2005).
2ème mesure : déduire jusqu’à 50.000 euros du montant de l’ISF pour ceux
qui investissement dans une PME
L’ISF :
Qu’est-ce que c’est ? L’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) concerne
les contribuables qui disposent d’un patrimoine d’une valeur supérieure à
750.000 euros au 1er janvier de l’année de déclaration des impôts. Il s’agit
aussi bien de biens immobiliers (maisons, appartements, terrains, terres
agricoles…) que de meubles, de placements financiers (contrats
d'assurance-vie, créances, bons du Trésor), de voitures automobiles, de
bateaux de plaisance, d’avions de tourisme, de chevaux de course, de bijoux
etc. Environ 450.000 foyers fiscaux sont assujettis à l’ISF. Le taux
d’imposition se situe entre 0,55% et 1,8% du montant total du patrimoine. Le
montant moyen de cet impôt se situe autour d’un peu plus de 7.500 euros,
mais 86% des assujettis à l’ISF sont dans les deux premières tranches et ne
paient que 1.100 euros en moyenne.
Ce que propose Nicolas Sarkozy : «Donner à ceux qui paient l’ISF la
possibilité de déduire une somme de cet impôt, par exemple jusqu’à 50.000
euros, à condition de l’investir dans une PME.» S’il s’agit bien du montant
de l’impôt et non du montant du patrimoine, cela revient à exonérer
totalement la quasi-totalité des redevables de l’ISF puisque le plafond de
50.000 euros correspond à un patrimoine taxable de 6 millions d’euros. Or,
entre 95 et 98% des contribuables à l’ISF ont un patrimoine compris entre
750 000 et 6 millions d’euros. Une part importante de l’ISF est payée par
les 2 à 5% de contribuables restants: la réduction de 50.000 euros ferait
donc baisser le rendement de l’ISF. Additionnée au bouclier, elle aurait
pour résultat de supprimer l’ISF. L’objectif du candidat UMP est de
transformer cet impôt en investissement dans l’économie et dans l’emploi, en
dirigeant ces recettes vers les entreprises. Il a pourtant déclaré dans un
entretien au «Monde» daté du 23 janvier : «Il n’y aura pas de suppression de
l’ISF si je suis élu président de la République.»
3ème mesure : baisser de quatre points les prélèvements obligatoires
Qu’est-ce que c’est : Il s’agit de l’ensemble des impôts, taxes et
cotisations sociales. Ils représentent actuellement 43,5% du PIB .
Ce que propose Nicolas Sarkozy : De baisser de quatre points le montant de
ces prélèvements obligatoires par rapport au PIB, pour se rapprocher de la
moyenne des Quinze européens. «Si on réduit de 4 points nos prélèvements
obligatoires, on rend 68 milliards d'euros aux Français: 2.000 euros rendus
par foyer et par an, y compris les retraités, et 4.900 euros par foyer si on
s'en tient à la France qui travaille», calcule le ministre de l’Intérieur
dans son entretien au «Monde». En estimant que cette mesure sera mise en
œuvre sur les cinq ans de la prochaine législature, elle coûtera donc 13,6
milliards d’euros par an à l’Etat. Comment Sarkozy parviendra-t-il?
Notamment en supprimant les cotisations sur les heures supplémentaires pour
les entreprises et les impôts sur ces mêmes heures pour les salariés.
4ème mesure : déduire les intérêts d’emprunt de l’impôt
Qu’est-ce que c’est ? Il s’agit des intérêts d’un emprunt réalisé pour
l’acquisition de la résidence principale.
Ce que propose Nicolas Sarkozy : mettre en place un crédit d'impôt au
bénéfice des classes moyennes, c'est-à-dire des ménages dont le revenu
disponible est inférieur à celui des 20% de Français les plus riches, soit à
environ 40.000 euros annuels. Cette mesure, mise en place par la gauche au
début des années 1990, avait pourtant été supprimée par Alain Juppé fin
1996, à l'occasion d'un toilettage de l'impôt sur le revenu dans la loi de
Finances pour 1997. Son coût, à l’époque, se situait entre 1 et 1,5 milliard
d'euros. Aujourd’hui, il serait de plus de 2 milliards d’euros selon le
Snui.
5ème mesure : la fin de l’impôt sur les successions
Qu’est-ce que c’est ? Un impôt prélevé sur une partie des biens transmis par
une personne à une autre, généralement au moment du décès. Son montant est
plus ou moins élevé selon le lien de parenté. Entre parents et enfants, un
abattement de 50 000 € est actuellement appliqué, entre époux, un abattement
de 76 000 euros…
Ce que propose Nicolas Sarkozy : le supprimer. Selon le
Snui, l’impôt sur les successions concerne
là encore une minorité de contribuables puisqu’en 2005, «sur 537.000 décès,
seules 140.000 déclarations de succession imposables ont été enregistrées».
Mais la recette de cet impôt n’est pas des moindres puisqu’elle s’élève à un
peu plus de 7 milliards d’euros. |