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Impôts : Des milliers de déclarations truffées d’erreurs
Depuis le lancement de la campagne d’informations le 27 avril, les
incidents se multiplient. Les syndicats estiment que le taux
d’erreur dépassera 25% à la Réunion et que plus de 100 000
déclarations ne seront pas conformes aux éléments transmis aux
contribuables par l’administration.
Depuis quelques semaines les agents de la Région ont de grosses
sueurs froides. Ceux qui ont reçu leur déclaration préremplie ne
comprennent toujours pas pourquoi leur revenu imposable a été
multiplié par deux et attendent avec intérêt des explications de
l’administration fiscale ou de la collectivité qui les emploie. En
vain sans doute. Ni les services fiscaux, ni l’assemblée locale ne
veulent assumer ce bug, l’État et la Région se rejetant mutuellement
la responsabilité de ce raté. L’explication, en fait, est très
simple : comme chaque année le conseil régional a adressé au centre
des impôts la liste des salaires de ses agents, une procédure
classique effectuée tous les ans par les tiers déclarants
(employeurs, organismes sociaux...). Seulement voilà, la déclaration
annuelle des données sociales transmise (DADS) cette année aux
services compétents étant incomplète, la collectivité a renvoyé un
deuxième fichier. Plutôt que d’interpréter ces informations de
manière sélective, le système informatique des services fiscaux les
a gérées de façon globale et considéré les montants figurant sur
cette deuxième liste comme des compléments de revenus. Voilà sans
doute pourquoi la plupart des fonctionnaires territoriaux concernés
ont bénéficié du jour au lendemain d’une augmentation fictive de
salaire de 100% ! Cette anecdote illustre bien les premiers couacs
de la déclaration préremplie. Les employés de la Région ne sont
d’ailleurs pas les seuls à être victimes de ces dysfonctionnements.
Ces derniers jours les retraités du secteur privé - ils sont
plusieurs milliers à la Réunion - ont, eux aussi, reçu le fameux
imprimé bleu prérempli. Problème, sur leur déclaration ne figure pas
leur pension versée par la Caisse générale de sécurité sociale (CGSS)
mais seulement leur retraite complémentaire. Tous ces contribuables
doivent donc dans l’urgence rectifier leur déclaration sous peine de
faire l’objet d’une relance à l’amiable, voire d’un contrôle fiscal.
Ironiquement, les responsables du syndicat national unifié des
impôts (SNUI) faisaient remarquer hier que même les pensions versées
aux fonctionnaires d’État par la Trésorerie générale
n’apparaissaient pas sur certaines déclarations....
Menaces sur la prime pour l’emploi
Depuis le lancement de la campagne d’informations le 27
avril, l’organisation syndicale recense, chaque jour, les loupés de
l’administration. A Saint-Denis et à Saint-Pierre, plusieurs
salariés en congé maladie durant l’année 2005 ont eu la désagréable
surprise de voir inscrit dans la colonne revenu leur salaire ainsi
que le montant des indemnités journalières perçues durant leur
absence. A la clé une différence de plusieurs milliers d’euros qui
peut être lourde de conséquences selon le syndicat. “Ces
contribuables peuvent changer de tranche ou tout simplement être
privés de la prime pour l’emploi à laquelle ils auraient pu
prétendre”, estime Jocelyn Cavillot,
administrateur régional du Snui. Les erreurs relatives à la
prime pour l’emploi (PPE) risquent de se multiplier dans les
semaines à venir lorsque l’ensemble des contribuables - 372 000 au
total - devront vérifier les chiffres qui figurent sur leur imprimé.
Dans les différents centres des impôts, à Saint-Paul et à
Saint-Denis notamment, les agents ont constaté que l’administration
avait omis de cocher la colonne AX ou AV. La première case signifie
que vous avez travaillé à temps plein en 2005, la seconde indique à
défaut le volume des heures de travail effectuées. Les contribuables
susceptibles de bénéficier de la prime pour l’emploi doivent
impérativement cocher ces cases. Dans le cas contraire, ils ne
bénéficieront pas de la ristourne fiscale, l’agent effectuant la
saisie des données n’ayant pas le droit de rectifier lui-même les
déclarations qui lui sont transmises. Hier, à Paris, le
Snui a de nouveau dénoncé au cours
d’une conférence de presse une réforme que l’administration présente
pourtant comme “une avancée”. Si le syndicat reconnaît implicitement
que l’expérience s’est bien déroulée en Ile-et-Vilaine, il émet en
revanche des doutes sur l’extension de la mesure aux 34 millions de
contribuables. A l’échelle nationale, la centrale estime le risque
d’erreurs potentielles entre 20 % et 25 % (problèmes d’homonymie,
renseignements inexacts ou incomplets...). Localement, les
responsables du Snui sont encore plus
sceptiques et laissent entendre que plus de 100 000 déclarations ne
seront pas conformes. Autant d’erreurs susceptibles de déboucher sur
un contentieux. A la clé un retard dans l’envoi des avis
d’imposition, un document transmis en général en septembre et
réclamé par les organismes aux contribuables bénéficiant des
prestations sociales...
Florent Corée |