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« Une réforme
précipitée »
Selon le
Syndicat National Unifié des Impôts (SNUI),
neuf personnes sur dix seront amenées à modifier leur déclaration
préremplie. Il s'agit donc d'un « gain de temps minime » dans
le traitement de l'information.
« FAUSSE
simplification
», « réforme mal ficelée » : c'est en ces
termes que le Syndicat National Unifié des
Impôts (SNUI) évoque la déclaration de revenus préremplie (DPR)
mise en place cette année. A peine entrée en vigueur, la dernière
née des réformes fiscales produit en effet déjà des ratés.
Le premier écueil
provient des déclarations des employeurs, sur lesquelles se basent
les chiffres mentionnés sur la DPR. Certains employeurs n'ayant pas
fourni ces informations dans les délais, de nombreuses déclarations
n'ont de préremplies que le nom, puisque aucun chiffre ne figure
dessus !
A Marseille, c'est
notamment la situation dans laquelle se retrouvent les 14 000
agents de l'Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille (APHM).
C'est aussi le cas
des 60 000 personnes qui, dans les Bouches-du-Rhône, bénéficient de
pensions de la Caisse de retraite complémentaire Arcco. «
Ces personnes, parfois très âgées, sont affolées.
Elles vont reprendre leurs papiers et se pointer au Centre des
Impôts.
Où est le gain de
temps ?
», s'interroge Philippe Piton,
administrateur régional PACA-Corse du SNUI.
Même la Direction
Générale des Impôts ne montre pas l'exemple puisque certains agents
ont reçu à leur domicile des déclarations vierges !
Au total, neuf
personnes sur dix devront donc faire des modifications sur leur DPR.
« C'est un gain de temps minime dans le traitement de
l'information », souligne François-Xavier
Ferrucci, administrateur régional
PACA-Corse du SNUI, qui encourage vivement les contribuables
à « contrôler les déclarations : ne les laissez pas en l'état si
vous constatez des erreurs ».
Sans remettre en
cause son fondement, le SNUI estime que
la généralisation de la réforme a été « précipitée» alors
qu'elle n'avait été testée en 2005 que dans le seul département
d'Ille-et-Vilaine». « Il n’y a pas de simplification immédiate et,
dans le même temps, on a une progression de contentieux, qui a
augmenté de 12% en Ille-et-Vilaine. Le contribuable est donc deux
fois pénalisé ».
Cela aura un effet
négatif pour l’administration et les agents risquent d’être les
boucs émissaires d’une réforme mal préparée », précise
François-Xavier Ferrucci.
Cela peut aussi
avoir des fourni les données dans les conséquences sur la
taxe d'habitation. « On risque d’avoir des fichiers en mauvais état,
donc des contribuables pénalisés ou des collectivités qui auront un
manque à gagner en fin d’année. La conséquence directe sera une
augmentation des taux dès l’année prochaine », alerte le responsable
syndical.
Justifier les
suppressions de postes de fonctionnaires ?
La mise en place
de la DPR relance aussi le débat sur la retenue de l’impôt à la
source. « C’est présentée comme l’idéal mais ce n’est pas aussi
simple que ça, précise Philippe Piton. Pour la DPR, des employeurs
n’ont pas fourni les données dans les délais. Qu’en sera-t-il avec
les retenues à la source ? On peut être inquiet.
D’autre part,
cette réforme n’implique pas une disparition de la déclaration, car
le retenue à la source n’est n’est pas possible que sur certains
types de revenus.Enfin, cela ne permet pas la prise en compte du
quotoent familial car il n'est pas rentré dans les systèmes des
employeurs."
A l'arrivée,
le SNUI, qui n'est pas opposé à la DPR,
s'interroge: s'agit-il d'un « effet d'annonce» ou de «
l'emblème de la réforme de l'Etat» ? « Cela s'inscrit dans la
réforme de l'Etat où il faut moins de fonctionnaires, avec un départ
sur deux à la retraite non remplacé. 4 000 emplois seront
ainsi supprimés d'ici 2008 à la DGI », insiste
Philippe Piton.
Une réduction des
effectifs qui ne permet plus aux agents d'assumer l'intégralité de
leurs missions de service public, comme l'illustre la réforme de
la perception de la redevance télévisuelle, désormais couplée à la
taxe d'habitation. Cela a donné lieu à 14 000 réclamations sur la
seule Direction des services fiscaux de Marseille l'an passé! «
On a dégrevé sans preuve. Le côté contrôle a disparu puisque que le
service de la redevance a disparu. La mission a été confiée aux
agents du Trésor Public, mais ils ont bien d'autres.,chats à
fouetter à l 'heure où on supprime les emplois par centaines »,
poursuit le responsable syndical.
Pourtant, donner aux
agent:? les moyens nécessaires pour lutter contre la fraude fiscale
devrait être un enjeu économique majeur pour l'Etat. « La fraude
fiscale aujourd'hui en France, c'est 50 milliards d'euros. Cela
représente à peu près le trou de la sécurité sociale », rappelle
ainsi FrançoisXavier Ferrucci.
Serge PAYRAU
- 11 Mai 2006 LA MARSEILLAISE
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