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IMPÔTS UNE INNOVATION DIFFICILE À APPLIQUER
Les embûches de la déclaration préremplie
Article paru dans l'édition du 11.05.06
La déclaration de revenus préremplie (DPR) est-elle en train de
tourner au cauchemar pour les contribuables et pour l'administration
? De nombreux « couacs » sont déjà observés alors que toutes n'ont
pas été encore distribuées. Les dernières anomalies enregistrées
concernent certains élus du Puy-de-Dôme. Ces derniers auraient eu la
mauvaise surprise de recevoir une déclaration où figuraient les
revenus perçus au titre de leur fonction élective, alors qu'ils ont
déjà acquitté leur impôt par un prélèvement obligatoire. Explication
: l'agent de la comptabilité publique qui a transmis leur revenu à
l'administration fiscale a « oublié » de préciser qu'ils avaient
déjà acquitté leur dû.
Personne aujourd'hui ne peut donner le nombre exact des DPR erronées
? Pourtant la direction générale des impôts (DGI) et les syndicats
de cette administration polémiquent déjà. 24 % des déclarations
pourraient être fausses selon les syndicats, tandis que selon la DGI
ce taux devrait être proche de 13 %.
Les syndicats se basent sur le taux d'inexactitudes entre les
déclarations effectuées par les contribuables et les revenus connus
par l'administration fiscale et qui sont communiqués par les
entreprises, les caisses de retraite, etc. Ce pourcentage, étudié
par l'administration fiscale depuis la fin des années 1990, était de
25 % en 2004. Il est en diminution régulière, mais la baisse se fait
à un rythme trop lent pour atteindre le chiffre de 13 % avancé par
la DGI. Ce dernier correspond au taux d'erreurs constatées en
Ille-et-Vilaine, où la DPR a été testée en 2005. « Les deux chiffres
ne mesurent pas la même chose, il est normal que l'un soit plus
élevé que l'autre, plaide Bruno Parent, directeur de la DGI. Le fort
taux d'incohérences s'explique par des erreurs commises par les
contribuables eux-mêmes. »
AUGMENTER LES CONTENTIEUX
Plusieurs millions de contribuables vont donc devoir rectifier le
chiffre communiqué par l'administration fiscale. Celle-ci explique
les inexactitudes par 17 types de situations. Ainsi les
contribuables qui ont plusieurs employeurs ou ceux dont les revenus
proviennent de différentes caisses de retraites ou qui bénéficient
de prestations de différentes natures sont ceux qui ont le plus de
risques de découvrir un chiffre faux. Mais, pour l'essentiel, les
erreurs proviennent des organismes ou des entreprises qui ont versé
les revenus et qui ont communiqué au fisc des données fausses ou
incomplètes.
A la DGI, on affirme cependant que, pour près de 30 millions de
foyers fiscaux, la DPR simplifiera l'exercice annuel de la
déclaration de revenus. Mais, à plus long terme, ce nouveau système
risque d'augmenter les contentieux avec l'administration, estime le
Syndicat national unifié des impôts (SNUI).
En Ille-et-Vilaine, des contribuables qui avaient signé leur DPR
sans la vérifier auraient contesté le montant de leur impôt quelques
mois plus tard lorsqu'ils ont reçu leur avis d'imposition.
Consolation pour le ministère du budget : il n'y a pas de problème,
pour l'instant, pour la télédéclaration sur Internet. La capacité de
traitement a été portée à 25 000 déclarations par heure au lieu de 6
000 en 2005. Mais, selon un pointage réalisé par le
SNUI, il y a quinze jours, seulement
1,3 million de contribuables avaient demandé leur certificat
électronique, indispensable pour faire sa déclaration sur Internet.
Il est pourtant disponible depuis la fin janvier. Or, « cette
opération est la plus longue », estime-t-on au
SNUI. Des embouteillages ne sont donc pas à exclure.
Joël Morio |