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L'OUTIL SYNDICAL Comme lors des précédents congrès, les délégués des sections se verront proposer à La Rochelle une commission de réflexion portant sur l'outil syndical. Cette commission aura pour mission d'approfondir une partie essentielle de l'orientation du SNUI, celle se rapportant à son fonctionnement dans ses diverses composantes. Deux grandes interrogations méritent sans doute d'être travaillées en Assemblée Générale parce qu'elles touchent à l'évolution de notre façon de militer, nous voulons parler de la façon de répondre aux mutations que vivent le ministère et la DGI, de la façon aussi de proposer un syndicalisme plus attractif dans un contexte de division et d'institutionnalisation croissante des grandes organisations confédérées. Pilonné par les libéraux de tous poils, confronté à un éclatement des comportements et à un développement de l'individualisme, assimilé par certains de ses adhérents à un produit de consommation comme les autres, le syndicat français standard du début du 3ème millénaire est, par surcroît, souvent un champ de luttes intestines provoquées par des différends idéologiques ou des ambitions personnelles. 8 % de syndiqués, cela ne peut pas constituer une surprise si l'on a à l'esprit tous ces éléments ! Le SNUI est-il le «village gaulois» à l'abri de tous les périls ? Ses performances réitérées, tant en ce qui concerne les cotisations que les élections professionnelles témoignent-elles d'une heureuse exception ? De fait, l'entretien attentif d'un large réseau de correspondants et une culture profonde d'indépendance vis à vis des partis politiques constituent une ligne de défense, mais les évolutions politico-administratives et les tendances lourdes qui caractérisent sur le long terme le mouvement syndical français menacent constamment la belle ordonnance de notre organisation.
Le mouvement social-démocrate européen croit avoir trouvé la pierre philosophale pour sortir du vieux débat entre partisans du plus ou moins d'Etat ; il prétend pouvoir réformer les services publics et redéfinir la place de la puissance publique en basant toutes ses recherches sur la notion du «mieux». Faire plus avec les mêmes crédits est grossièrement le résumé du premier commandement de cette nouvelle doctrine, lequel est souvent transformé par les divers gouvernements en : «faire plus avec moins d'argent et, par conséquent, moins de fonctionnaires». Dans ce qu'il faut bien appeler une croisade européenne, l'Etat est ainsi, non pas renié comme le souhaitaient les ultra-libéraux, mais replié le plus souvent dans un rôle d'arbitre (et il n'intervient qu'une fois que les relations contractuelles entre groupes ou individus ayant des intérêts contradictoires sont devenues inopérantes). L'Etat-providence (qui n'a jamais existé que dans la tête de certains idéologues) laisse donc la place à un Etat plus modeste, plus économe, lui-même prêt en son sein à substituer le contrat aux clauses du droit public et aux prérogatives de puissance publique. Cette transformation est affichée dans les discours, traduite dans les évolutions législatives (du droit du travail par exemple, mais aussi dans les lois de finances), elle est enfin la cible de la réforme de l'Etat chère à M. Jospin depuis sa circulaire du 3 juin 1998. A ce stade, le syndicalisme fonction publique est une première fois interpellé : € passer d'une logique de besoins à une logique de moyens change la donne lors de toutes les discussions qu'elles soient nationales ou dans un service local, € la «déréglementation» au profit de la «contractualisation», tend à réduire le champ d'intervention du syndicaliste ou à le contourner. L'attitude dans laquelle s'enferme désormais l'administration est qu'il n'y a plus de place pour la discussion hors des clous du budget, il n'y a plus de place pour évaluer le besoin de service public, il faut faire au mieux avec l'enveloppe prévue et c'est dans ce cadre contraint, qu'éventuellement, la concertation avec les syndicats sera ouverte. Par ailleurs, en avançant la notion de contrat, l'administration tend à s'exonérer de son obligation d'appliquer la loi lorsque celle-ci est jugée trop coûteuse, elle va essayer de conclure un marchandage entre un service et elle-même, pour, là encore, faire au mieux. Dans ce cadre-là, seul un syndicalisme d'accompagnement pourrait trouver sa place. Est-ce la nôtre ? Ce premier niveau d'interrogations fondamentales s'ouvre sur une foule de questions subsidiaires tenant aux contours réels de la déconcentration, à la philosophie qui préside aux réorganisations structurelles, à la portée des politiques d'objectifs et bien sûr à l'utilisation du management dans les services administratifs. Pour autant, la logique budgétaire et contractuelle décrite ci-dessus (qu'ont défendu successivement chez nous, et avec zèle, aussi bien DSK que Fabius) oblige-t-elle à changer radicalement d'attitude revendicative ? Nous pensons plus simplement au SNUI qu'il suffit de déconcentrer beaucoup plus largement le discours militant en insistant sur deux points fondamentaux : € la logique des besoins est la seule qui doive guider le raisonnement syndical en matière de service public, sauf à mettre en danger la justice fiscale et sociale ; il n'est donc pas question pour le syndicat de raisonner dans un cadre budgétaire contraint pour bâtir ses revendications ; € la notion de contrat est un danger pour le service public, sa continuité et son caractère universel. Nous pensons aussi que chaque tentative de contournement du syndicalisme doit donner lieu à riposte, à expression, à appropriation militante de la question que l'administration voulait traiter en face à face direct avec un agent ou un service.
Morcellement, affrontements, arrières pensées politiciennes, reniement des valeurs créatrices du mouvement ouvrier, il y a de quoi écrire des flots de lamentations sur l'état du mouvement syndical, mais il y a surtout matière à réflexion pour essayer d'inverser la tendance. Un fait majeur doit servir de fondement à la réflexion de toutes les organisations aujourd'hui : les salariés des secteurs privé et public ne leur versent pas massivement des cotisations et ils les critiquent sévèrement, mais ils répondent présent chaque fois que leurs intérêts sont fortement menacés et le mois de janvier 2001 l'a encore prouvé. Pour le SNUI, qui s'inscrit depuis plus de 20 ans dans la recherche de nouvelles dynamiques unifiantes, un double défi demeure : € La FDSU créée après le conflit de 1989 doit devenir la force pivot du syndicalisme au MINEFI. € Le barrage que continuent d'ériger les confédérations «historiques» pour empêcher toute restructuration unitaire doit continuer d'être secoué. De ce point de vue, le Groupe des Dix - qui ne constitue pas une fin en soi comme le dit le rapport d'orientation - doit poursuivre ses propositions de fondation d'un pôle intersyndical unitaire (Voir Unité n° 753). La place de 1ère fédération pour quoi faire ? La FDSU, après une décennie d'existence, a fait évoluer le syndicalisme Finances. En favorisant souvent des actions d'envergure, en refusant toujours une attitude d'accompagnement, mais en demeurant force de propositions (sur les carrières, l'action sociale, les missions des grandes directions), la fédération que le SNUI a voulu a ancré un syndicalisme combatif avec qui chaque ministre a dû compter (ce fait a été reconnu par tous les observateurs et bien avant le conflit contre le plan Sautter). Pour autant, cette fédération qui occupe désormais la première place demeure largement perfectible. En son sein, l'existence de statuts protecteurs des petites organisations ne règle pas tout. Il demeure trop d'écart entre les divers membres pour pouvoir parler d'un syndicalisme homogène et surgissent parfois des blocages dommageables qui pourraient nécessiter une nouvelle réflexion sur la règle du jeu fédérale. Autre préoccupation : l'importance du nombre de réunions qui mobilisent les fédérations au niveau national paraît nécessiter la mise en place d'une sorte d'atelier de préparation des dossiers (pour l'instant traités trop souvent à partir du fonds de réflexion du SNUI et trop hâtivement compte tenu des emplois du temps des uns et des autres). L'inégalité des forces analysée ci-dessus est encore plus criante dans les départements où, pourtant, la déconcentration grandissante nécessiterait paradoxalement une vie fédérale plus intense pour réagir en même temps dans les diverses administrations. Ne l'oublions pas, de plus en plus de décisions paraissent se prendre localement, mais tout est de plus en plus orchestré par l'entourage des ministres et à cette unité d'impulsion devrait correspondre une unité des réactions FDSU dans tous les canaux Finances et Industrie, sur l'ensemble du territoire. La question du développement de nos deux partenaires dans les deux plus grosses administrations voisines (DGCP et Douane) demeure donc posée. Si plusieurs aspects du fonctionnement interne de la FDSU méritent attention il faut aussi prendre en compte quelques facteurs exogènes de fragilisation, surtout après la victoire aux élections de 2000. S'il n'est écrit nulle part que la première fédération doit assurer l'intendance des interfédérales, c'est cependant une pratique normale (et la fédération FO s'en est acquittée avec constance). Ce rôle va incomber désormais à la FDSU, et il va créer des responsabilités nouvelles. Davantage cependant que ce surcroît de tâches, c'est la prise de positions de la fédération qui va être plus lourde à assumer, sous le regard de concurrents pas forcément conciliants. Il va y avoir mise à l'épreuve de la structure FDSU et tous ses syndicats membres ont intérêt à reprendre une réflexion sur son efficacité. Un outil syndical au service de l'unité Il faut sans cesse le rappeler, la création de l'Union Syndicale-Groupe des Dix n'avait pas d'autre destination que celle de renforcer le pôle combatif du syndicalisme français et d'en favoriser le regroupement. Aujourd'hui, si l'émergence du Groupe des Dix en tant que force structurée est incontestable (constance des prises de positions, reconnaissance par les médias et par les partenaires syndicaux) ses limites pour devenir un pôle interprofessionnel efficace et unitaire demeurent nombreuses. En tout premier lieu, obtenir une représentativité au niveau des Fonctions Publiques (qui sont pourtant le terrain de prédilection de ses principaux membres) n'apparaît pas immédiatement réalisable, et pas seulement en raison de l'attitude du gouvernement. Sur un plan général, le développement en nombre d'organisations ne cache pas l'insuffisance du nombre d'adhésions, le phénomène SUD gagnerait à être clarifié par ses fondateurs, les pratiques au sein de certaines organisations membres sont trop éloignées du syndicalisme de proximité (pourtant clairement affiché comme une des valeurs du Groupe), les disparités demeurent enfin énormes entre les divers G 10 locaux. Dans ce contexte, le SNUI doit s'assigner deux objectifs : € contribuer à faire disparaître les dysfonctionnements (en commençant par régler en son sein le bon usage de l'identifiant Solidaires), € favoriser tous les contacts permettant de créer un lieu de rencontres intersyndicales qui devienne rapidement un atelier d'élaboration de revendications et d'actions plus unitaires. Au nombre des dysfonctionnements, qui, s'ils subsistent, finiront par mettre en péril le Groupe des Dix, l'identification de certains syndicats SUD doit être clarifiée et la question de la concurrence, au sein d'une branche professionnelle donnée, entre un syndicat membre du Groupe des Dix et un syndicat SUD requiert une solution à court terme. Dans un autre ordre d'idées, les militants du SNUI devront s'efforcer de faire vivre des G 10 locaux là où ils sont absents ou laissés dans un état pratiquement végétatif. Sans cette vie locale, l'attractivité du Groupe demeurera insuffisante et l'objectif de resyndicalisation demeurera une chimère. S'agissant d'en revenir à l'ambition rénovatrice et unifiante du Groupe des Dix, le SNUI fera tout pour la réussite des initiatives convergentes de la FSU et du Groupe lui-même, le rapport d'orientation ayant à traiter le fond de cette question essentielle. |
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