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 UNITE n°786 du 3 septembre 2002

Le contrat social sur les retraites n'a pas à être rompu !

Nous faudra-t-il dans les mois qui viennent nous féliciter des magouilles de quelques grands managers rattrapés par la justice et des fiascos enregistrés par quelques groupes économiques mondiaux ?

A n'en pas douter, les aventures d'Enron, de Vivendi ou de Worldcom ont empêché cet été nos nouveaux responsables politiques de chanter à outrance les louanges de la capitalisation et nous voilà, du coup, un tout petit peu plus armés pour contrer l'offensive sur les retraites des grands groupes financiers.

Attention cependant, les malheurs des spéculateurs ne nous protégeront pas de tout et c'est à une véritable mobilisation qu'il faut désormais nous atteler parce qu'une large partie des salariés, hélas, a complètement absorbé, depuis un ou deux ans, le discours dominant sur la crise démographique et sur l'irrémédiable faillite du système actuel à défaut de mesures drastiques.

Merci la crise financière !

Début août, la presse a relevé combien l'affaire Worldcom avait mis en difficulté les grands fonds de pensions américains. Ainsi, le fonds Calpers, qui gère les retraites des salariés de l'Etat de Californie, aurait perdu 510 millions de dollars dans l'aventure et il apparaissait dans un sondage que la principale inquiétude des citoyens des USA tenait désormais à la réalité de leur pécule pour vivre leurs vieux jours comme ils l'avaient espéré il y a 4 ou 5 ans !

On dit outre-Atlantique qu'il faut d'urgence réformer le système de la capitalisation «pur sucre» qui a réduit à zéro la retraite des salariés des entreprises mises en faillite.

En Grande-Bretagne, même son de cloche. Il y a bien une retraite de base ouverte à tous, mais elle est si peu généreuse que 11 millions de britanniques ont souscrit à des fonds complémentaires par capitalisation et ces fonds sont aujourd'hui très nombreux à accuser un déficit.

En un mot, donc, le libéralisme a pris une bonne claque sur ce point précis, mais les principaux groupes bancaires européens ne s'avouent pas vaincus et ils ont rendu public, fin juin, un rapport qui préconise la création d'un «marché unique» des retraites pour encourager le recours plus ample à la capitalisation.

Selon ce rapport, le public «resterait encore très inconscient» des dangers que présentent les systèmes actuels qui n'offriraient comme perspective que la pauvreté à des millions d'européens futurs retraités !

Les alertes sur les places boursières ont fourni un peu d'oxygène, mais l'affrontement demeure entre les tenants des systèmes solidaires de retraites et les partisans de l'individualisme.

Conduire une réflexion responsable

Le Conseil Syndical de juin a pris connaissance des travaux d'une commission nationale sur le sujet ; les grandes lignes d'un argumentaire ont été arrêtées et le SNUI dispose donc d'un matériel de sensibilisation pour les mois qui viennent.

Sommairement, il s'agira d'expliquer aux adhérents pourquoi deux axes de réforme devront être combattus résolument (l'allongement de la durée de cotisations et la mise en place de la capitalisation), pourquoi par contre il faudra débattre de mesures à prendre (moins lourdes) pour assurer la pérennité du système de la répartition dans le privé et celle du Code des Pensions dans la Fonction Publique.

Il s'avère en effet, que sans être catastrophique, le choc démographique des années qui viennent appelle des correctifs ; il ne serait pas responsable de dire qu'il ne faut rien toucher.

Une autre politique de l'emploi est nécessaire

Des milliers de chômeurs en plus, ce sont des millions de ressources qui font défaut dans le financement des retraites et il va de soi que la recherche du plein emploi devrait s'imposer comme une priorité politique.

Dans le prolongement de cette évidence, il faut relever l'ambiguïté des incitations aux départs anticipés en retraite. Ces incitations font qu'aujourd'hui la France est le pays européen qui a le plus faible taux d'activité pour les plus de 45 ans et, là encore, ce sont des moyens en moins pour financer les retraites.

Sur ce point, cependant, il y a matière à discussion et il faut bien considérer que la donne n'est pas la même pour tous les candidats au départ (pénibilité du travail, date d'entrée dans la profession, intérêt de la carrière, Š). Sur ce sujet, comme sur les marges de choix individuels qui pourraient conduire d'autres salariés à retarder leur cessation d'activité, le débat doit être mené.

Le problème du financement n'est pas insoluble

Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a estimé qu'en 2040 il faudrait entre 4 et 6,5 points de plus de PIB pour financer des systèmes inchangés dans leur structure et leur mode de financement. Ceci voudrait dire en gros qu'il faudrait s'apprêter à supporter des hausses de cotisations importantes (et surtout si l'on veut maintenir à 78 % le ratio pension/revenu). A ce sujet, le COR a été très explicite : «Un tel besoin est important, mais peut être couvert. Le conseil ne partage pas l'idée parfois exprimée qu'il serait impossible de financer les retraites».

Autre élément de réflexion, la part des salaires n'est plus la même dans les entreprises et la valeur ajoutée de ces dernières n'est plus en relation directe avec la masse salariale. Il y a donc à entreprendre une révision de l'assiette des cotisations patronales en inscrivant résolument celles-ci dans une politique de solidarité nationale.

Ces éléments, très schématiquement exposés aujourd'hui, constitueront demain des thèmes de discussion qui ne poursuivront qu'un but : contrer le catastrophisme de tous ceux qui veulent casser les systèmes actuels de couverture sociale pour ouvrir de nouveaux marchés aux grands groupes financiers.

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